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Tunisie

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Le site archéologique de Carthage

Fondée par les Phéniciens vers 814 avant J.-C, Carthage fit entrer l'Afrique dans l'histoire. Carthage punique fut Reine des mers ( périple d'Hannon) et se voulut Maîtresse du monde méditerranéen. L'empire punique de Carthage connut des moments de gloire et des guerres célèbres mais disparut en 146 avant J.-C.
Le général romain "Jules César" ordonne la refondation de Carthage qui allait devenir la capitale de l'Africa proconsulaire. Carthage impériale qui lui succéda honora les arts et les lettres. La Carthage chrétienne de saint Augustin semble une cité exaltée autant par la religion que par les passions. Elle devient vandale pendant un siècle, puis byzantine et enfin arabe.
La Carthage moderne porte aujourd'hui les témoignages archéologiques de ce prestigieux passé.
La Tunisie fait aujourd'hui de ce site exceptionnel une vaste promenade archéologique où les Tunisiens et les visiteurs viennent admirer un paysage exceptionnel, contempler les vestiges et découvrir les monuments dont le visiteur peut aussi admirer juste à proximité le merveilleux village maraboutique de Sidi Bou-Said et la baie du golfe de Tunis.
A ce titre, Carthage est inscrite par l'UNESCO sur la Liste du Patrimoine Mondial depuis le 26 octobre 1979.

Historique des travaux et recherches archéologiques

CARTHAGE PUNIQUE : « NON DELENDA CARTHAGO »

I-Fondation de Carthage

- Le mythe de la fondation
- La réalité de la fondation entre l’histoire et l’archéologie

II- Les institutions politiques et administratives

- Le sénat
- L’assemblée du peuple
- Le Sufétat
- L’armée

III- Les guerres puniques

- La première guerre punique
- La deuxième guerre punique
- La troisième guerre punique

IV- La ville et ses composantes urbaines

V- Le tissu urbain

- L’enceinte
- Les rues
- Les ports
- Le tophet
- Les nécropoles

VI- La religion

- Baal Hammoun
- Tanit
- Melqart
- Eshmoun

VII -L’économie

1-Le commerce
2-L’agriculture
3-L’industrie et l’artisanat
- La céramique
- La métallurgie
- La pâte de verre
- La sculpture
- La bijouterie

VIII- Les personnages symboles
- Amilcar Barca
- Hannibal
- Magon
- Hannon et Hamilcon

I-Historique de recherche :

1825 : Premières fouilles à Carthage.
1833 : Première carte détaillée de la presqu’île de Carthage.
1859 : Fouilles sur la colline de Byrsa et sondages dans les ports puniques.
1874-1875 : Recueil de près de 2200 stèles puniques et découverte par un monument qui serait un serapeum. «Mission à Carthage», Paris, 1884 par E.de Sainte Marie.
1875-1932 : Le père Delattre entreprend plusieurs travaux :
-Fouille de plusieurs cimetières romains et paléochrétiens dans le secteur de la Malga (Bir Zitouna et Bir Jebbana) :
-Découverte de plusieurs dizaines d'inscriptions sur marbre.
- Découverte de nombreuses inscriptions funéraires chrétiennes dans la grande basilique de Damous El Karita contenait.
-fouille du versant sud de la colline de Byrsa mettant au jour d'abord plusieurs tombeaux puniques avec leur mobilier funéraire, ensuite quelques maisons d'époque romaine, ainsi qu'un mur de soutènement romain fait d'amphores, d'époque républicaine.
-Découverte de la chapelle souterraine.
-Dégagement de l'arène de l'amphithéâtre.

1892 – 1896 : Fouille de la nécropole punique de Douïmès : plus de 1100 tombeaux livrent un abondant matériel de céramique et de menus objets.
-Explorations sur les collines de Sainte-Monique et de Borj Jedid et découverte d’une importante nécropole punique constituée de caveaux creusés dans la falaise.

1898-1901 : Etablissement de la carte de l'Atlas archéologique de Carthage,
(Feuille de La Marsa au 1/50.000].

1897-1900 : Une Carte archéologique et topographique des ruines de Carthage au 1 /5000, en trois feuilles.

1897-1905 : Paul Gauckler, récupère une grande mosaïque représentant un sacrifice à Diane et Apollon, exposée aujourd'hui au musée du Bardo.

1898-1903 : fouilles en larges et profondes tranchées dans le secteur de Dermech par Paul Gauckler et découverte d’une basilique chrétienne d'époque byzantine.

1904 : Fouille établie par Paul.Gauckler sur la colline de Borj Jédid : fouille d’une maison tardive pavée de mosaïque paléochrétienne, dégagement du théâtre et découverte de nombreuses inscriptions et des statues, envoyées au Bardo.

1905-1920 : Alfred Merlin poursuit l'exploration des nécropoles en fouillant sur la colline de Borj Jedid.

1920 : Découverte de la mosaïque dite du «Seigneur Julius» en bas de Byrsa, remarquable pavement de 4,50 x 5,65m représentant la vie d'un grand domaine.

1916 : découverte d'un sarcophage paléochrétien à Koudiat Zâteur contenant une très riche parure de bijoux d'or, émeraude et rubis.

1921-1924 : Alfred Merlin publie une carte des nécropoles puniques découvertes à Carthage.

1920-1940 : Louis Poinssot : découvre les mosaïques de la maison d'Ariane au flanc de la colline de Byrsa.

1930 : Des travaux de restaurations seront réalisées sur les principaux monuments paléochrétiens : basilique de Saint-Cyprien, Damous El Karita, Basilica Majorum et l'amphithéâtre.

1942-1955 : Gilbert Charles Picard entreprend le dégagement des thermes d'Antonin, en extrait un grand nombre de statues et d'éléments architecturaux.
-Création d’un parc au niveau des ruines des thermes
-Les fouilles du tophet sont reprises et poursuivies par Pierre Cintas

1950 : Alexandre Lézine entreprend quelques dégagements dans l'édifice circulaire situé à proximité du théâtre. Il restaure une partie des thermes d'Antonin.

1952 : Jean Ferron, directeur du musée de Carthage (1952-1964), entreprendra des fouilles méthodiques dans un quartier du versant sud de la colline de Byrsa. Colette Picard y entreprendra aussi quelques dégagements.

1955 : Alexandre Lézine et Noël Duval effectuent une fouille de sauvetage dans le quartier de Sainte Monique.

1957 : Découverte des vestiges d'un temple près de la sebkha du Kram, des inscriptions dans la région de Damous El Karita, une grande mosaïque représentant Tellus en bas du quartier de l'Odéon (mars 1958).Dans le secteur des villas romaines, une nécropole punique dégagée en 1956-1957.

1968 : Aménagement sommaires du théâtre pour servir de cadre au festival culturel de Carthage.

1972 : Projet UNESCO de Tunis-Carthage :
Lancement de la campagne internationale de sauvegarde de Carthage le 19 mai 1972. Les actions de la conservation et des équipes internationales ont été soutenues par l'UNESCO, par l'inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial (1979), par la création d'un centre d'étude et de documentation archéologique (CEDAC) et enfin par le projet de création d'un parc national devant s'étendre sur les 500 hectares de la zone archéologique. Parallèlement au déroulement de la campagne de fouille, un regroupement progressif de l'ensemble du matériel archéologique livré par le site, est effectué au musée de Carthage.
Un plan d'aménagement partageant le territoire de Commune en zone réservée à l'urbanisation a paru au Journal Officiel de la République Tunisienne en 1978. La zone archéologique sauvegardée a fait l'objet d'un décret de classement en 1985.

1991 : Le 23 juillet, le Président de la République tunisienne décide la création du parc archéologique national de Carthage

1 -Fondation de Carthage :

- Le mythe de la fondation :

L’historiographie classique est presque unanime sur la légende de la fondation de Carthage, selon laquelle Elyssa était une princesse tyrienne, épouse d’Acherbas grand prêtre du dieu Melqart et en même temps son oncle maternel. Son frère Pygmalion qui succéda à son père n’hésita pas à tuer son beau frère pour s’emparer de ses richesses.
Elyssa craignant de subir le même sort, s’enfuit avec ses partisans. Après un long voyage, qui valut à l’héroïne le surnom de Dido (l’errante), elle atteignait les côtes de la Tunisie actuelle où elle décida de s’installer.

A cet effet elle détourna les coutumes locales qui interdisaient aux étrangers l’acquisition de terrains dépassant la superficie d’une peau de bœuf qu’elle découpa en fines lanières. Cette ruse lui permit l’achat d’un espace plus étendu que prévu : ce qui explique peut être le nom donné à la colline de Carthage : Byrsa désigne en grec une peau d’animal traitée. Ainsi, fut fondée Qarthadasht (Carthage) ville neuve en langue Phénicienne.
Le roi de Libyens, Hiarbas, ébloui par la beauté et l’intelligence de la princesse, voulut l’épouser. Plutôt que d’être infidèle à son mari, elle décida d’accomplir une cérémonie expiatoire et monta elle même sur le bûcher qu’elle avait allumé et se jeta dans le feu. Ce geste lui valut d’être honorée comme divinité.

- La réalité de la fondation entre l’histoire et l’archéologie :

Selon les sources anciennes, Carthage fut fondée vers la fin du IX eme siècle av.J.-C. Pour Velleius Paterculus, historien latin du I er siècle av. J.-C. Cette fondation a précédé celle de Rome de soixante cinq ans.
Quant à Timée le Sicilien, d’après le témoignage d’Halicarnasse, Carthage fut fondée trente –huit ans avant la première olympiade correspondant ainsi à l’année 814 av.J.-C.
De son côté, Ménandre d’Ephèse, citait un document tyrien, qui plaçait la fondation de Carthage dans la septième année du règne de Pygmalion.
Cette date traditionnelle fût confirmée par les résultats des prospections et les fouilles menées par la mission allemande à la fin des années soixante dix dans le cadre de la campagne internationale de Carthage organisée par l’UNESCO à partir de 1972. Aussi a –t-on découvert des vestiges d’habitat archaïque datant de la première moitié du VIII av. J.-C dans la partie basse du site et non pas sur la colline de Byrsa où les archéologues français, et toujours dans le même cadre, ont découvert des témoignages d’une activité artisanale et métallurgique de la même période.

2- Les institutions politiques et administratives :

D’après Aristote, les principales institutions politiques de Carthage étaient l’assemblée du peuple, le Sénat, le Sufétat et la cours des Cent quatre.
L’assemblée du peuple est ouverte en principe à tous les citoyens. L’accès aux instances était électif. : La richesse, la compétence, la liberté, l’âge et la culture sont les critères exigés tant pour les candidats que pour les électeurs .

-Le sénat :

Le sénat avait de très larges attributions ; toutes les questions politiques étaient de son ressort : il décidait de la guerre et de la paix ; il lui appartenait de négocier avec les états étrangers, de signer des accords de coopération et de bon voisinage. En cas de graves délits politiques, le Sénat pouvait s’ériger en tribunal. Il avait également latitude de faire instruire et d’examiner certains dossiers relatifs à la vie économique et sociale.

-L’assemblée du peuple :

Seuls les Carthaginois qui pouvaient tirer avantage de la citoyenneté avaient le droit de siéger et de participer aux délibérations de ce corps populaire.
Pour se réunir, l’Assemblée du peuple devait être convoquée par les sufètes, mais à l’occasion des crises graves, elle pouvait spontanément se réunir et délibérer. D’autres prérogatives lui ont été confiées, dont le droit d’élire des magistrats, notamment les généraux.

-Le Sufétat :

Le sufétat est la magistrature la plus haute chez les Puniques. Les suffètes étaient élus pour un an par l’Assemblée du peuple. Ils avaient des prérogatives politiques, militaires, judiciaires et sans doute religieuses. Ils réunissaient les assemblées, les présidaient et leurs présentaient les dossiers et intervenaient dans les débats.

-L’armée :

« Carthage n’à d’armée qu’en temps de guerre » Stéphane Gsell, H.A.A.N.
En effet, la majorité de ses armées, était licenciée à la fin des conflits.
À l’époque archaïque, cette armée était formée de citoyens carthaginois mais les Magonides( dynastie qui a gouvernée Carthage entre la seconde moitié du VIe s. et IVe s. av. J.-C.) introduisirent les mercenaires
Aux temps des barcides (dynastie qui a gouverné Carthage entre le IIIe s. et la première moitié du IIe s. av. J.-C), aucun citoyen carthaginois n’est recruté dans les armées d’outre mer.
Carthage était dotée de flottes maritimes, bien équipées et expérimentées, qui avaient participé à plusieurs guerres, notamment, celles de Sicile contre les grecs d’Occident, et aux guerres puniques.

3- Les guerres puniques :

Les Carthaginois étaient présents au sud de l’Espagne, dans toutes les îles de la Méditerranée (Sicile, Sardaigne, Baléares, Malte) et contrôlaient un vaste territoire africain : les ports de la grande Syrte (Leptis Magna, Sabratha…), de nombreux comptoirs le long des côtes algériennes et marocaines, ainsi, que la majeure partie des terres fertiles de l’actuelle Tunisie (Sahel, Grandes Plaines et Cap Bon).A la même époque, Rome venait à peine d’achever la soumission de la péninsule italienne.
Avec ses sujets, ses alliés et surtout ses mercenaires, l’armée Carthaginoise, était inférieure à celle de Rome. En revanche elle possède une flotte importante et rapide, ainsi qu’une tactique efficace, qui fait usage de la redoutable cavalerie et des éléphants.

- La première guerre punique :

Entre Rome et Carthage existait des rapports d’amitié et d’alliance sanctionnés par plusieurs traités : en 508, 348, 306 av.J.-C ….
-A la fin du IV eme dix ans avaient été nécessaires pour écarter la menace du tyran Agathocle de Syracuse, qui porta la guerre jusqu’à Carthage
-En 280 av.J.-C, Pyrrhus tentait de sauver l’Hellénisme en Italie et en Sicile. Carthage avait conclu un nouveau traité avec Rome et deux ans plus tard l’invasion était réprimée.
-En 264 av.J.-C, les Romains qui passaient en Sicile pour secourir les habitants de Messine cherchaient en réalité à chasser les Carthaginois de l’île entière. Ce fut l’origine du déclenchement d’un conflit d’une ampleur exceptionnelle : la première guerre romano-punique.

-La deuxième guerre punique :

-En 226 av.J.-C, Hasdrubal, qui venait de fonder la colonie de Carthago Nova, adopta une politique plus prudente avec les Romains en signant avec eux un accord.
-En Mai 218 av.J.-C, Hannibal prenait la route des Pyrénées en direction de l’Italie avec cinquante milles fantassins, cinq milles cavaliers et trente –sept éléphants. Il comptait surprendre les Romains par les Alpes.
-A partir de 204 av.J.-C, la guerre est portée en Afrique qui était alors divisée en trois parties d’Ouest en Est : le royaume des Maures et les deux royaumes numides : celui des masaesyles et celui des Massyles avec à sa tête le roi Massinissa qui s’alliait avec les romains contre Carthage.
-Scipion débarqua à Utique et remporta une série de victoires jusqu’à la bataille de Zama en 202, où il écrasa Hannibal.

-La troisième guerre punique :

Pendant un demi-siècle, Massinissa ne cessa d’empiéter sur le territoire de Carthage.
A partir de 167 av J.-C, Rome lui permet d’annexer des territoires carthaginois pour le récompenser de son soutien pendant la guerre contre la Macédoine.
En 151 av.J.-C , Carthage décida de s’opposer par les armes aux agressions numides, Rome déclara alors la guerre.
En 147 av.J.-C, L. Hostilius Mancinus, pénètre une première fois dans les jardins de Mégara (région de Carthage). Scipion Emilien réussit au printemps 146 à prendre possession du port circulaire, puis s’empare de la ville basse et finira par occuper la citadelle de Byrsa. Quant au sol de la cité, il fût déclaré « maudit ».

4- La ville de Carthage et ses composantes urbaines:

Le choix de l’installation du site a été essentiellement déterminé par sa situation favorable du point de vue commercial et défensif. En effet, la ville s’est installée dans une péninsule, se trouvant sur le côté méridional du détroit qui assure la passage entre les deux bassins de la méditerranée : un choix réfléchi pour contrôler la navigation.
Carthage est aujourd’hui située à une dizaine de kilomètres au Nord-Est de Tunis et s’étend au centre d’une presqu’île délimitée par la Marsa au Nord, la Goulette au Sud, Sidi Bou Said sur le cap Nord-Est. Elle s’est développée sur le rivage du golfe de Tunis, face à la presqu’île du Cap Bon.

5-Le tissu urbain :

L’urbanisme de Carthage a été commandé et s’est adapté au terrain escarpé ainsi qu’aux orientations diverses des lignes de pente. Toutefois, sur le flanc Sud-Est de la colline, les rues rectilignes se coupent à angle droit déterminant ainsi des îlots rectangulaires orientés NO-SE.

L’enceinte :

La présence d’une muraille est largement attestée par les auteurs anciens qui fournissent de précieuses indications sur le parcours de l’enceinte, son périmètre, la hauteur des murs, leurs épaisseurs, leur disposition, les aménagements, les matériaux utilisées…
Justin, historien romain du II eme, précise que vers le milieu du VI eme av.J.-C, le rebelle Malchus n’a pu entrer dans la ville qu’après l’avoir assiégée.
Strabon, historien et géographe grec (64 av.J.-C –24 ap J.-C), indique que dans les derniers temps de la ville punique, les remparts contenaient des écuries pour loger des éléphants. Il donne aussi un chiffre très exagéré pour le développement total de l’enceinte (360 stades : prés de 64 km). Tite-Live, historien romain (64 av.J.-C –17 ap.J.-C), Quant à lui il indique le chiffre de 22 ou 23 milles.
Selon Appien, historien grec (95 ap.J.-C – 160 ap.J.-C), Scipion devenu maître de l’isthme entier, creusa, de la mer à la mer, un fossé long de vingt-cinq stades (4400 mètres), qui était à portée de tir de l’ennemi, c’est à dire les fortifications de la ville, où ces derniers étaient alors enfermés.
Les fouilles archéologiques de Carthage ont permis le repérage d’une partie des vestiges des remparts qui ne cédèrent qu’à l’assaut de Scipion Emilien entre la baie du Kram et Bordj Jedid. D’importants vestiges en grosses pierres de taille sont bien visibles, soit à fleur d’eau, soit en profondeur.
Par ailleurs, d’autres fouilles, menées par les membres de la mission allemande dans le quartier dit de « Magon », ont mis au jour des vestiges qui appartiennent à la muraille punique, le long de la mer. Ils sont datables de la fin du VI av.J.-C ou du début du Veme av.J.-C. Les blocs de fondation sont taillés dans du grés et se distinguent par leur très grande taille .

Les rues :

Au pied de la colline de Byrsa, la fouille permit la mise au jour d’un très beau quartier d’habitation, où la disposition des rues devient radiale sans exclure l’orthogonalité des intersections. Les rues ont une largeur moyenne de 6,50 m à 7 m. Elles sont des simples chaussées en terre battue, interrompues parfois par des marches et ne comportaient pas d’égouts. Dans le secteur Magon, au bord du rivage, les rues n’avaient qu’une largeur de 3 m. Mais la grande rue qui se dirige vers la Porte de la mer est plus large et atteint 9m.

Les ports :

A l’extrémité sud-est de la plaine littorale qui abrite une petite rade, se trouvent les deux ports de Carthage, situés à l’intérieur des terres et constituent aujourd’hui deux lagunes.
Grâce à plusieurs textes anciens et aux fouilles archéologiques la restitution du fonctionnement de ces ports a été ainsi possible:
-La lagune circulaire : Les investigations des archéologues britanniques ont pu identifier cette lagune comme un port militaire. Datant du II e s. av. J.-C, ce port comprend en son centre un îlot qui devait abriter le pavillon de l’amiral chargé de contrôler les mouvements de la flotte.
-La lagune oblongue : Ce bassin est attribué par l’historiographie antique au port commercial. De ce port marchand, une mission américaine a retrouvé une portion du quai ouest. Les structures les plus anciennes de ce quai datent de la deuxième moitié du III eme siècle av. J.-C. Ce port a du subir des remaniements à l’époque romaine qui ont fait de son plan rectangulaire initial un plan hexagonal.

Le tophet :

On désigne par ce terme une aire sacrificielle où les carthaginois offraient des sacrifices et érigeaient des stèles commémoratives. Cet espace devrait faire environ un hectare de superficie à sa plus grande période d’occupation au III eme av.J.-C.
Découvert d’une manière fortuite en 1921, il connut des fouilles qui se sont succédées entre 1923-1979, le tophet apparaît comme un sanctuaire de type cananéen. De point de vue morphologique, il se présente comme une aire sacrée à ciel ouvert qui abrite plusieurs milliers d’urnes funéraires contenant des cendres de jeunes enfants et d’animaux. Ces urnes sont entassées sur plusieurs niveaux successifs, les plus anciennes se trouvant dans les niveaux inférieurs. Les fouilleurs ont pu attribuer les couches les plus anciennes au milieu du VIII eme av.J.-C. Les dernières dépositions appartiendraient au milieu du II eme av J.-C. , date de la fin de Carthage punique.

Les nécropoles :

Les zones où les sépultures carthaginoises ont été repérées forment un croissant dont l’ouverture est tournée vers la mer. Elles se situent autour et dans les flancs des collines de Byrsa, Junon et Dermech, ainsi que dans les profondeurs du plateau de Douimés. C’est la où les plus anciennes tombes ont été reconnues. Elles datent de la période archaïque (VIII eme au V eme siècles av J.-C).
Cependant, à cause de l’explosion démographique qu’a connu la ville de Carthage, à Partir du IV eme siècle av. J.-C, les carthaginois ont décidé d’affecter d’autres terrains à leurs nécropoles : de nouveau, les tombes s’étalent en croissant dont la concavité continue à s’ouvrir sur la mer : Ce sont désormais les collines dites du théâtre, de l’Odéon et de Sainte – Monique qui sont exploitées à cet effet.
Plus prés des rivages, les tombes des derniers siècles de la métropole punique occupent Ard-el-Khéraib. Elles correspondent à a période classique (fin du V eme –146 av.J.-C)
Concernant la typologie des sépultures, elles se répartissent en deux grandes catégories : la fosse simple ou construite et le puits qui peut dans certains cas atteindre 30 mètre de profondeur.
Les chambres sépulcrales sont creusées dans l’épaisseur des parois. Quand il s’agissait d’un caveau collectif, plusieurs pièces pouvaient y être étagées ou affrontées et sont munies de niches, de banquettes, d’auges ou de sarcophages.

6- La religion :

Les divinités puniques comme les divinités sémitiques d’une façon générale, sont pourvues d ‘une nature fort complexe. Elles peuvent avoir de multiples fonctions dans l’univers sacré des Carthaginois.

Baal Hammoun:

Baal Hammoun fût parmi les dieux officiels de Carthage. En Orient, son culte est attesté par les amulettes provenant de la région de Tyr, les dédicaces et les anthroponymes. En occident, Baal Hamon est invoqué sur presque toutes les stèles inscrites qui proviennent des champs d’urnes liés aux sacrifices aussi bien à Malte, Carthage, Hadrumète, la Sicile et Sardaigne.
A Carthage, des œuvres d’époque punique récente (III-II av J.-C) ont été souvent retrouvées. Elles représentent un dieu barbu, coiffé d’un bonnet pointu, assis sur un trône et flanqué parfois de deux sphinx ; il lève sa main droite ouverte. La main gauche tenant une hache.

Tanit :

Tanit était la divinité principale de Carthage, du moins au temps des puniques. Les témoignages sont des milliers de textes échelonnés sur deux ou trois siècles mentionnant le nom de TNT PN B’L, que l’on traduit habituellement par « Tanit face de Baal ».Son attestation constante avec Baâl Hammoun ne signifie pas nécessairement qu’elle ait été l’épouse de ce dieu, mais plutôt comme sa parèdre qui le faisait renaître périodiquement, d’une terre revigorée.
Tanit a été adorée comme étant une mère féconde puisqu’au milieu d’un certain nombre de stèles, une colonne dressée porte une grenade, emblème de fécondité, dont les flancs renferment des pépins.
Le symbole divin que l’on appelle le signe de Tanit offre, à sa partie supérieure, soit un cercle dont la nature est encore discutée, soit moins souvent un croissant lunaire retourné.

Melqart :

MLQRT signifie en phénicien « roi de la ville », dont le culte s’inscrivait dans une symbolique du pouvoir royal.
Les sources anciennes précisent que les colons phéniciens ont amené des reliques de Melqart et fondèrent, à peine arrivés à Carthage, un sanctuaire, sans doute pour favoriser les contacts avec les autochtones.
Le Melqart adoré dans la grande ville africaine n’était sans doute pas différent du Melqart de Tyr.
L’iconographie de Melqart à Carthage est représentative de la tradition orientale ainsi que les adaptations que l’hellénisme a introduit avec l’assimilation de Melqart à Héraclès. Ainsi, des hachettes-rasoirs présentent-elles Melqart debout sur une sorte de podium qui surmonte lui même une fleur de lotus. Il est coiffé d’une tiare ou d’un bonnet conique, portant un long vêtement fendu en tenant de la main droite une « hache fenestrée » qui repose sur son épaule.


Eshmoun / `SMN : dieu de la médecine

Il était l’un des principaux dieux de Carthage ; une inscription découverte à Carthage mentionne son temple qui se trouvait vraisemblance au sommet de la colline de Byrsa.
Ce dieu est identifié avec Esculape.

V- L’économie:


1-Le commerce :

Carthage, fut, avant tout, un empire maritime à vocation commerciale.
Héritiers des phéniciens, les carthaginois s’adonnèrent surtout au commerce maritime dans tout le bassin méditerranéen en profitant de la position géographique de leur capitale .
Les produits exportés, étaient, essentiellement, les esclaves, les matières premières, l’huile d’olives et le vin.

2-L’agriculture :

Ce n’est qu’à partir de la défaite d’Himère en 480 av. J.-C. contre les grecs en Sicile, que les Magonides se retournèrent vers l’arrière-pays africain, et s’adonnèrent à l’agriculture, avec succès.
Des traités d’agronomie ont été composés par des carthaginois, parmi lesquels, ont peut citer ceux d’Hamilcar et de Magon. La réputation de ce dernier selon Varron, dépassa celle de tous les grecs qui avaient écrit sur le même domaine.
Les carthaginois étaient connus surtout par la culture des céréales, les cultures arbustives, notamment, la viniculture et l’oléiculture ce que confirme la découverte de plusieurs amphores commerciales à vin ou à huile.

3-L’industrie et l’artisanat :


La céramique :

La céramique carthaginoise qui s’est inspirée de la céramique phénicienne archaïque est revêtue d’un engobe rouge plus au moins violacé, lustré au lissoir.
A partir du VI eme av.J.-C, la céramique punique tend à devenir plus achrome.
Le décor généralement modeste consiste soit en zones revêtues du même engobe rouge-violacé; soit en ornements peints en brun, en rouge ou en violacé sur le fond achrome des vases surtout au V eme –III av J-C.
Au III-II eme av.J.-C, on assiste à un décor imprimé avec une certaine abondance, ou bien découpé et ajouré par enlèvement de l’argile encore molle.

- La céramique à vernis noir :

Les potiers grecs couvraient leurs vases d’un vernis noir résultant de la cuisson en atmosphère réductrice d’une dilution d’argile fine. Les carthaginois adoptèrent ce procédé à partir du V eme et surtout du III eme av .J .-C , imitant les productions grecques et italiennes.
Au III e et II e siècles av .J .-C, Carthage fabriqua une céramique à vernis noir qui se caractérise par sa pâte beige- jaunâtre très pâle, son vernis franchement noir avec un décor incisé, peint surtout imprimés(rosettes, palmettes). On placera dans cette catégorie les « vases-biberons » à vernis noirs, dotés de tubes verseurs, typiquement puniques.

-Les amphores commerciales :

Les amphores commerciales fabriquées à Carthage et sur son territoire servaient à l’emballage des productions locales : denrées agricoles ou produits de la pêche, pour la consommation sur place ou pour l’exportation. Elles se caractérisent par une panse cylindrique plaquée dans sa partie haute par des petites anses.

-Les lampes :

L’objet le plus emblématique de la poterie Carthaginoise est la lampe-coquille, patère au bord replié et pincé en trois endroits pour former deux becs –d’où sa désignation « lampe écuelle ou de lampe-coquille ». Au fil des siècles, elle va se replier, jusqu’à se renfermer complètement à l’époque de la destruction de Carthage (146 av.J.-C).

-La métallurgie :

L’historiographie antique n’a pas négligé d’évoquer ce sujet. Pour Thucydide, les Carthaginois « ont en abondance de l’or et de l’argent »
Diodore de Sicile quant à lui, parle des tabernacles dans les sanctuaires de Carthage. De son côté, Appien, évoque des statues et des parois murales revêtues de plaques d’or.
D’après Pline l’Ancien, des lambris dorés ont été vus pour la première fois à Rome, dans le capitole, après la destruction de Carthage. Les sources anciennes parlent aussi des riches Carthaginois qui possédaient une vaisselle d’or et d’argent. Tite Live raconte que Hasdrubal, le frère d’Hannibal, possédait un écu en argent. Selon Pline, il est en or et pèse 137 livres, soit environ 45 kg sur lequel on voyait son portrait
La découverte des ateliers métallurgiques sur les flancs de la colline de Byrsa confirme que cette activité n’était pas étrange aux carthaginois. Ils réduisaient le cuivre et surtout le fer dans de petits bas-foyers en argile assez semblables aux fours traditionnels tunisiens (tabouna).

-La pâte de verre :

Comme le laisse croire les découvertes effectuées dans les nécropoles ou dans différents quartiers où l’activité artisanale a laissé des témoignages matériels, l’industrie du verre semble avoir été omniprésente dans la vie des Carthaginois :
1-La femme recevait des fioles en verre destinées à la conservation des parfums et autres produits d’esthétique.
2-Le maître verrier confectionnait des amulettes représentant des personnages d’un aspect caricatural dont la valeur est magico -religieuse.
3-La pâte de verre a été utilisée dans la décoration des sols des habitations puniques.

-La sculpture :

Les auteurs anciens comme Tite-Live, Pline, Appien, signalent la présence de statues à Carthage ; elles furent enlevées par Scipion Emilien et envoyés à Rome. Les unes se trouvaient dans des édifices publics ; d’autres conservées par des privées.
De riches Carthaginois semblent avoir possédé des statues à l’instar d’Hannibal dont la collection était célèbre. Il détenait un bronze de Lysippe : qui est une statuette d’Héraclès, un surtout de table, dont on parlait encore du temps de l’empereur Domitien, d’après un témoignage de Stace et de Martial (poètes latins du I er siècle).
Il faut mentionner encore les célèbres sarcophages à pseudo-gisants, découverts par le Père Delattre, dans les tombes de la nécropole de Sainte Monique actuellement conservés au musée de Carthage.
Concernant les stèles, la gravure sur pierre était largement connue à Carthage. Le travail exécuté en méplat ou en relief se détachant à peine du support. La technique du méplat semble avoir été parfaitement maîtrisée, comme sur la stèle dite des échassiers qui constitue l’une des meilleures réussites de la sculpture punique.

-La bijouterie :

La bijouterie punique constituait un secteur important et très diversifié. Elle occupait une place considérable dans l’économie des cités puniques, notamment Carthage.
Étant liée à des domaines divers, elle alimentait le commerce, la vie quotidienne, ainsi que le monde sacré et funéraire. Ce type d’artisanat est intimement lié au travail des métaux dont on a pu déceler les différentes spécialités grâce aux stèles inscrites du tophet.
Bodashtart, fils de Moceph se disait « nosek harous » littéralement « fondeur d’or ». Il convient d’y reconnaître un bijoutier. Le neveu de Bodashtart était, lui aussi, « fondeur d’or » ; il s’appelait Arish, fils Yathonbaal fils de Moceph.
Pour désigner l’or, les Puniques semblent avoir le plus souvent utilisé le terme « harous », mais le mot « Sahab » est également attesté.
Pour la confection de leurs bijoux, les Carthaginois ont eu recours aux métaux : l’or, l’argent, le plomb, le fer, le cuivre, le bronze…Ils ont en outre, utilisé la pierre fine ; comme l’hyacinthe, la turquoise, l’agate, l’ambre, le lapis-lazuli, l’améthyste, le grenat, la cornaline, le porphyre, le quartz, le cristal de roche.
Sur les flancs de Byrsa, les archéologues ont découvert pas moins de 13 kilos d’éclats de cornaline de qualités diverses, ainsi que des fragments d’obsidienne et de petits rameaux de corail. Parmi les éclats de cornaline découverts on a pu remarquer l’existence de perles fusiformes déjà manufacturées percées d’un trou d’enfilage, mais abandonnées en cours du polissage.

7- Les personnages symboles :

-Amilcar Barca :

Le stratège et homme politique, né autour de 280 avant J.-C, Amilcar Barca est issu d'une famille illustre de Carthage. Au cours de la première guerre punique (264-241 avant J.-C), il apparut comme l'un des principaux chefs de guerre.
Après la victoire de Rome, au large des îles Aegates (Sicile) en 241 avant J.-C, il reçut mission de négocier la paix avec l'adversaire. De retour à Carthage, il assuma le commandement des troupes carthaginoises contre les mercenaires révoltés qui, pendant trois longues années (240-237 avant J.-C), constituèrent pour la métropole punique un danger mortel. En les écrasant, au terme d'une lutte acharnée, Amilcar sauva Carthage.
Avec l'accord du pouvoir, il se rendit en Espagne, accompagné de son fils Hannibal et son gendre Asdrubal, dans l'intention d'y réactiver les vieilles fondations. Grâce à cette politique du général barcide, la métropole put compenser la perte de la Sicile et de la Sardaigne, refaire ses forces et payer le tribut de guerre imposé par la Rome victorieuse.
Malgré des succès diplomatiques et militaires, Amilcar a du lutter contre la résistance farouche des Ibères. Au cours d'une campagne de pacification, il se noya dans le Jucar ; c'était en 228 avant J.-C.

-Hannibal :

Hannibal est Né à Carthage vers 246 avant J. –C. À neuf ans, il accompagna son père, Amilcar Barca en Espagne et aurait prêté, à cette occasion, le serment de « hair » Rome.
Au cours de la deuxième guerre punique, 218-201 avant J.-C, il emporta d'éclatantes victoires. De retour en Afrique où il établit son camp au Sahel actuel, il rencontra Scipion à Zama ; c'était en 201 avant J.-C. L'armée romaine dut sa victoire au concours de la cavalerie numide commandée par Massinissa, un prince ambitieux en quête d'un royaume.
En 196 avant J.-C, Hannibal se fit élire suffète à Carthage. Par son génie et l'ambition qu'il avait pour Carthage et le monde méditerranéen, Hannibal gênait les magistraux ; il dut prendre le chemin de l'exil en 195 avant J.-C. Il se donna la mort en absorbant le venin soigneusement conservé dans le chaton de sa bague.

-Magon :

Le traité agronomique de Magon constitue dans le domaine de l’agriculture antique le témoignage le plus éloquent. Son traité d’agronomie composé de 28 livres survécut à la destruction de Carthage : le sénat romain le fit traduire en latin. Une traduction grecque abrégée en 20 livres, avait été aussi établie par Cassius Dionysius d’Utique en 88 av.J.-C. Si ces traductions sont perdues, il nous en reste des extraits touchant à l’agriculture, à l’arboriculture, domaine où l’influence punique fut déterminante, ainsi qu’à la gestion des domaines. Ces extraits ont inspiré plusieurs auteurs latins dont Varron et Columelle, qui considérait Magon comme « le père de la science rurale ».

-Hannon et Himilcon :

Deux explorateurs qui ont dépassé les limites du monde ancien : Hannon a entouré la côte atlantique de l'Afrique et atteint le Cameroun ; Himilcon a navigué sur les côtes occidentales de l'Europe, touchant peut-être la Cornouailles et l'Irlande.

CARTHAGE ROMAINE : Colonia Julia Karthago

Carthage renaît de ses cendres
Carthage capitale de la province Africa

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1-La religion De Baal Hammon à Saturne africain

2-L’urbanisme à Carthage


* La colline de Byrsa
- La grande place publique
- La bibliothèque
- Les absides de la colline
- Les Thermes d’Antonin
- Les citernes de la Maalga
- L’Amphithéâtre
- Le cirque
- L’Odéon
- Le Théâtre
- Les villas romaines

3-Les arts

-La sculpture
-La mosaïque

4-Les personnages symboles

CARTHAGE ROMAINE : Colonia Julia Karthago
Au lendemain de la chute de Carthage av.J.-C, ce territoire punique fut annexé par Rome et devient la Provincia Africa . Aussi, après un siècle d’abandon et une tentative avortée entreprise par C.Gracchus en 122 av.J.-C pour instaurer une colonia Iunonia Carthago.
En 44 av J.-C Jules César décida de fonder sur les ruines de la Carthage punique une colonie qu’il nomma Colonia Iulia Concordia Karthago.
En 29 av J.-C, après la victoire de d’Actium, Octave renforce la colonie par l’envoi d’un nouveau contingent de 3000 colons.
En 27 av J.-C, avec la pax romana, s’engage le processus de romanisation . La vocation de la nouvelle Carthage est différente de la Carthage Punique. La Carthage romaine est celle d’être la capitale d’une province agricole chargée d’exploiter ses ressources et d’en nourrir le peuple de Rome en acheminant l’annone.
En quelques années, sur les cendres surgit à nouveau une grande ville cosmopolite où se mêlent les races et les religions. Ainsi, Baal prend le nom de Saturne, Tanit devient Junon du ciel et Eshmoun devient Esculape.

1-La religion : De Baal Hammon à Saturne africain :

Une modification et notamment un élargissement du champ religieux était couvert par le grand dieu africain Saturne qui est l’équivalent de Baal Hammon .
Dans une première phase, au cours du premier siècle de notre ère, le « seigneur Baal Hammon » est nommément invoqué en punique dans des textes insérés d’ordinaire dans un décor très sobre, souvent réduit à la reproduction du « signe de Tanit ».

2-L’urbanisme à Carthage :

C’est du centre établi au sommet de Byrsa que les rues se coupent perpendiculairement déterminant des îlots réguliers. Six grandes avenues parallèles de chaque côté de l’axe principal Est-Ouest, le decumanus maximus, étaient recoupées par 30 rues de chaque côté de l’axe Nord-Sud, le cardo maximus. Les îlots ainsi déterminés étaient quatre fois plus longs que larges (environ 37 m x148 m) et constituaient un ensemble de prés de 500 lots couvrant une superficie de 315 hectares.
A l’intérieur de ce plan régulier, prenaient place les édifices publics ou privés, y compris le port. Le littoral était au besoin rectifié par des murs de front de mer.
Les temples occupaient le sommet des collines principales. Les réservoirs d’eau étaient également établis sur les hauteurs. Les monuments de jeux, qui attiraient d’immenses foules, à la périphérie. Les demeures sont installées sur les plateaux aérés. Quant aux thermes d’Antonin, ils sont en bordure du rivage.

* La colline de Byrsa :

- La grande place publique :

Il s’agit d’une vaste plate-forme installée au centre et en haut de la ville, réservée aux cérémonies officielles à caractère dynastique. La taille de la plate- forme et son ordonnancement autour du point principal d’intersection du decumanus et du cardo, donnent au lieu une fonction exceptionnelle.

- Les absides de la colline:

Dites « absides de Beulé » du nom de leur découvreur, cette série de neuf pièces au moins, s’ouvrait sur le cardo IV, dans l’axe du décumanus. L’agencement particulier de l’abside centrale et la troisième abside sud, donne à cet ensemble une fonction qui n’est pas encore déterminée, peut être des salles d’apparat.

- La bibliothèque :

A l’ouest de la place publique, on peut reconnaître les restes du grand monument de l’esplanade : Il s’agit vraisemblablement d’une bibliothèque, qui fut édifiée au II eme siècle ap.J.-C et continuait à être utilisé au IV eme siècle et même jusqu’à l’époque byzantine.

- Les Thermes d’Antonin :

Ils sont situés en bordure du rivage, au pied de la colline de Bordj Djedid. Ils occupent la superficie de quatre insulae et sont classés au troisième rang des grands thermes de l’Empire romain. Les travaux de construction ont commencé au cours du II eme sous l’empereur Hadrien pour s’achever sous le règne d’Antonin le pieux.
Ces thermes étaient alimentées en eau par des citernes approvisionnées à leur tour par l’aqueduc qui amène l’eau des sources de Zaghouan à plus d’une cinquantaine de mètre de Carthage.

Le monument long de 300 m se compose de plusieurs salles dont les principales sont:
- Le caladarium, d’un diamètre supérieur à 20m, comportait cinq piscines rectangulaires, encastrées dans l’épaisseur des murs et peut être un bassin central circulaire.
- Le tepidarium : est pourvu de deux piscines d’eau tiède. Cette pièce comporte deux portes d’entrée et de sortie pour séparer de nouveau en deux courants différents le foule des usagers.
- Le frigidarium : est la plus grande et la plus belle salle de l’établissement. Elle est doté de quatre piscines d’eau froide.
- Plusieurs autres composantes sont encore visibles comme les vestiaires, les palestres et les latrines.

- Les citernes de la Maalaga :

Situées à la périphérie immédiate de la ville antique à l’extrémité de la centuriation urbaine, ces citernes sont considérées comme étant les plus importantes du monde romain.
Elles sont composées de 15 compartiments parallèles juxtaposés (longs de 102 m, larges de 7.40, hauts de 7 m sous voûte), perpendiculaires à une citerne de répartition. D’une capacité de plus de 60000 m3, elles étaient alimentées en eau par une branche de l’aqueduc de Zaghouan .

- L’Amphithéâtre :

L’amphithéâtre s’élève à l’ouest de la colline de Byrsa, à l’entrée de la Carthage moderne. Orienté Nord-Est Sud-Ouest, son grand axe avec celui d’un cardo (cardo XIX Ouest), le petit axe avec l’alignement sud d’un (decumanus I Sud ).
Construit dés la fondation de la cité impériale, son arène fait 64 m de long sur 36 m de large. Il a été ensuite considérablement agrandi au II et au III eme siècle pour atteindre une contenance de 41.000 places.

- Le cirque :

Situé non loin de l’amphithéâtre et, également à la périphérie de la ville, le cirque s’étire de toute sa longueur à travers la plaine jusqu’à Douar Chott.
De forme simple, il était doté d’un double rangé de gradins encadrant une très longue arène divisée longitudinalement par une spina autour de laquelle couraient les chars. De part et d’autre de cette longue dépression constituant l’arène, s’allongent deux alignements de bourrelets qui marquent l’emplacement des gradins. Seuls quelques vestiges de cet édifice sont actuellement visibles.

- L’Odéon :

l’Odéon est un lieu de spectacle couvert à l’inverse du théâtre qui est en plein air. Il s’élève au sommet de la colline à laquelle est adossé le théâtre. Il est célèbre par les jeux pythiques qui y furent organisés lors de son inauguration, Sa cavea qui portait les gradins ainsi que le mur de scène et la façade étaient entièrement construits. L’édifice était précédé d’une grande cour rectangulaire au nord. Seules les fondations et quelques éléments d’architecture et de décor ont été retrouvés dans les fouilles entreprises en 1900-1901.

- Le Théâtre :

Adossé à la pente le plus escarpée du plateau, le théâtre dispose d’une cavea semi-circulaire plein Sud devant une scène dont il ne subsiste plus que quelques éléments architecturaux.
Construit au milieu du second siècle et décrit par Apulée (écrivain du II eme siècle), ce monument a subi plusieurs remaniements dont la dernière date de la fin du IV eme siècle.
Il appartient à la catégorie intermédiaire entre les théâtres creusés et les théâtres bâtis. Ses gradins sont aménagés dans la pente d’une colline. Ils ne s’appuient pas directement contre la roche mais reposent sur tout un système de voûtes.
Il se compose de deux parties essentielles :
-L’auditorium : conçu pour plus de 5000 spectateurs et comprend la cavea dont les gradins sont divisés en sections concentriques et l’orchestra destiné à accueillir les notables de la société qui prenaient des sièges mobiles.
- La scène est, dans son état actuel, entièrement restructurée pour les besoins du célèbre « festival de Carthage ».

-Les villas romaines :

Il s’agit de maisons composées d’une cour centrale, avec généralement un jardin intérieur et un péristyle constitué de quatre portiques encadrés par autant d’ailes comprenant des pièces d’habitation.
La plus remarquable de ces villes est celle dite de la « volière » en raison d’une belle mosaïque qui en pavait la cour. Elle a subi d’importantes restaurations. A proximité, une autre villa dite « de la Rotande » offre un plan semblable et de l’autre côté de la rue, une autre maison dite du « cryptoportique ». Ces demeures permettent d’entrevoir le cadre de vie des riches Carthaginois durant l’Antiquité.

3-Les arts :

- La sculpture :
Progressivement se développe à Carthage un art « romano-africain ». Sa tonalité particulière se reconnaît aisément et certains historiens de l’art l’ont même qualifié de « baroque », dans son âge d’or, au début du III eme siècle, sous la dynastie des Sévères. La sculpture est parmi les principaux moyens d’expression artistique de cette époque élaborée dans des matériaux de plus en plus luxueux

Exemples :

-L’autel dédié à la gens Augusta qui rappelle les origines légendaires de la famille d’Auguste (Ier siècle), (conservé actuellement au musée du Bardo)

-Statue monumentale d’Appollon citharède dont le visage est encadré d’une longue chevelure ondulée et portant une couronne de laurier (conservé actuellement au musée Carthage).

-Sarcophage de l’enfant docteur : Sur ces détails du décor figurent les génies des quatre saisons, avec leurs symboles, que l’on retrouve fréquemment sur les mosaïque africaines. (1 er quart du IV eme siècle ap-J.-C)

- La mosaïque :

La mosaïque qui tapissait le sol des riches demeures a connu un immense succès dans l’Afrique romaine et fournira des chefs d’œuvres, au fil des siècles, jusqu’à l’extrême fin de l’Antiquité.
Les mosaïques de Carthage offrent une multitude de décors géométriques, et notamment le « style fleuri », qui combine avec exubérance les trames végétalisées (pampres, vignes, rameaux d’olivier, branches et fleurs variées).
Les décors figurés, abondants, montrent des scènes mythologiques, des évocations imagées des rythmes du temps, avec la personnification des saisons, des travaux des mois de l’année.
A partir du IV eme siècle, les ateliers de Carthage acquièrent une telle renommée que ce sont eux indéniablement, qui seront à l’origine des pavements découverts hors de l’Afrique comme ceux de la célèbre villa de Piazza Armerina en Sicile.

Exemples :

- Mosaïque de la volière : grands fragments d’un pavement de forme irrégulière. Il figure un décor de « jonchée » dont la caractéristique principale est d’être éminemment souple et extensible : (Fin du III eme ap.-J.-C –Maison « dite de la volière » à Carthage (Musée du Bardo).
- Neptune et d’Amphitrite : vue d’ensemble et détails d’un cortège marin évoquant les « noces » de Neptune et d’Amphitrite : (IV eme ou le début du V eme ap.J.-C – Dépôt du Musée de Carthage).
- Mosaïque du Seigneur Julius : Célèbre mosaïque figurant le domaine du Seigneur Julius. Elle constitue le document le plus complet sur la situation économique et sociale de l’Afrique sous le Bas Empire romain. (Début du Veme ap J.-C /Musée du Bardo).

4-Les personnages symboles :

Apulée l’Africain : philosophe, orateur, poète, romancier

« Le plus célèbre africain de son temps » est né vers 125 ap.J.-C à Madaure (aujourd’hui Mdaurouch en Algérie), dans une riche famille de bourgeois provinciaux.
Après avoir fréquenté les écoles primaires de sa ville natale, il fut envoyé, jeune encore, à Carthage pour poursuivre ses études de rhétorique. Puis il s’embarque pour la Grèce où il séjourna de nombreuses années. Ce séjour lui permit de rencontrer d’autres étudiants africains. Il voyagea aussi à Rome, à Alexandrie, à Oea (Tripoli en Lybie) et enfin il retournera à Carthage qui accueillit de nouveau l’enfant prodigue : c’est là qu’il passait le reste de sa vie; il devint le conférencier favori et l’orateur attiré de la ville. On le nomme grand prêtre de la Province. Carthage est sa vrai patrie, sa vrai famille. Il mourut aux alentours de 180 ap.J.-C.

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Carthage chrétienne: « Seigneur, que tes yeux soient ouverts de jour et de nuit sur cette maison. Par ce signe nous vaincrons »

1- Aperçu historique

2-Les témoignages archéologiques

-La basilique de Carhagenna
-La basilique de Dermech I
-Le monument circulaire et son église adjacente
-L’ensemble souterrain avec baptistère
-La basilique de Damous el Karita
-La basilica Maiorum
-La basilique de Sainte-Monique

3-Les arts : industrie et artisanat
- Les carreaux de terre cuite
- La mosaïque
- La sculpture

4-Des personnages symboles

-Tertullien
-Cyprien de Carthage
-Saint Augustin

Aperçu historique :

La période chrétienne est une des grandes étapes de l’histoire de Carthage. La religion chrétienne qui prit naissance au 1 er siècle dans la Méditerranée orientale atteignit rapidement la Carthage romaine.
C’est du II eme siècle que datent les témoignages les plus sures sur le christianisme ; où apparut soudainement à Carthage, avec la condamnation des « martyrs Scillitains » (douze fidèles d’une petite ville non identifiée de Proconsulaire) en 180 ap.J.-C sous le règne de l’empereur Commode.
En 202, Septime Sévère promulgua un édit qui interdit toute conversion au judaïsme ou au christianisme, déclenchant ainsi une campagne de persécution au cours de laquelle furent martyrisées Félicité et Perpétue à l’amphithéâtre de Carthage le 7 Mars 203.
Malgré les persécutions du III eme, la progression de la nouvelle foi s’accrut au sein des habitants de la métropole.
Les actes des martyrs, les lettres et les livres des premiers auteurs chrétiens africains révèlent que la foi chrétienne florissait au III eme siècle.
Mais le nombre des conversions se multiplient depuis l’édit de Milan en 313 ap.J.-C qui pacifia les rapports de l’église et du pouvoir. Par ailleurs, les lois de la fin du IV rendaient officielle la pratique du culte chrétien.

Au même moment, une opposition au christianisme officiel s’est rapidement manifestée avec l’apparition du schisme donatiste qui était né en réaction à l’indulgence de l’évêque de Carthage devant les défaillances des chrétiens au moment des persécutions de Dioclétien en 303 ap.J.-C. Ce mouvement trouvera en Saint Augustin, qui considère le donatisme comme une hérésie, un adversaire de premier plan. Il sera à l’origine de l’organisation à Carthage en 411 ap.J.-C d’une grande conférence dont le but principal était la condamnation du donatisme.
Ce concile auquel ont participé plus de 600 représentants des deux églises rivales marquera la fin de ce schisme qui disparaîtra définitivement avec l’arrivée des vandales en Afrique.
Carthage qui fut prise en 439 ap.J.-C deviendra la résidence des rois vandales.
Elle gardera sa fonction majeure dans la gestion des affaires politiques, économiques et militaires de la province lorsqu’elle deviendra byzantine en 533 ap.J.-C sous le règne de l’empereur Justinien qui dirigeait alors l’empire à partir de Constantinople. Les témoignages archéologiques de cette période de l’histoire antique de Carthage sont nombreux : édifices de cultes, textes épigraphiques, œuvres d’art où la mosaïque, sculpture, bijoux, terre cuite et argenterie….

2-Les témoignages archéologiques :
*Les édifices de culte :

- La basilique de Carthagenna :

Cette basilique, située dans le quartier des ports, a été édifiée après 533 ap.J.-C. c’est a dire après la « reconquête byzantine ». Elle avait un plan à deux absides, cinq nefs et huit travées. Longue de 36,25 m et large de 25,25 m, elle couvre plus de 900 m 2.. Le sol de ce monument était recouvert de mosaïques géométriques.

- La basilique de Dermech I :

Cette église située dans le parc des thermes d’Antonin, est dotée d’une nef centrale, quatre bas côtés et neuf travées avec une abside à l’est. Elle est de 21m de large sur 35,50 m de long avec une superficie de 750m2.
Au nord de ce monument, un ensemble baptismal et une chapelle ont été aménagés. L’abside était entourée d’un banc en pierre. L’autel se situait au milieu de la nef, entouré par des colonnettes d’un ciborium. La mosaïque du quadratum populi, offre des motifs géométriques.

- Chapelle d’Astérius :

Aménagée à proximité de l’église de Dermech, « la chapelle d’Astérius » est de petites dimensions vaste (4 x 6,50m). Elle est ainsi désignée à cause du nom inscrit sur l’une des inscriptions remployés dans le revêtement d’une marche qui permettaient l’accès vers l’abside ; devant laquelle se trouve une mosaïque représentant deux paons de part et d’autre d’un calice.

- Le monument circulaire et son église adjacente :

A proximité du théâtre, à l’Est du cardo maximus, bordé par le decumanus IV Nord et le cardo II Est, s’élevait le « monument circulaire » dont la façade en grand appareil d’opus quadratum dominait la plaine maritime de Carthage.
Long de 38, 60 m d’Est en Ouest et large de 31,20 m du Nord au Sud, le monument est composé de deux couronnes concentriques, constituées chacune de douze piliers en forme de trapèze, inscrites dans un rectangle allongé. L’espace circulaire central mesure 8.40 de diamètre, la hauteur étant de 12 m. Chaque façade est percée d’arches. Des voûtes relient la seconde couronne avec les piliers de façade.
Cet édifie fût fortifié avant l’arrivée des vandales. Abandonné vers 500, il fut restauré à l’époque byzantine.

- La basilique de Damous el Karita :

L’une des plus grandes basiliques chrétiennes d’Afrique est située en contrebas du plateau de l’Odéon. Au cours de son histoire, l’église a subi diverses transformations dont les plus importantes furent la modification d’orientation avec la construction d’une nouvelle abside au sud-est puis le rétrécissement de l’édifice. Longue de 65 m et large de 45 m, elle est dotée d’une nef centrale, huit bas côtés et onze travées.
Du côté nord, opposé à la première abside, un vaste hémicycle flanque la basilique. Du côté sud, s’élevait une autre basilique dont un baptistère de forme hexagonale est l’élément le plus marquant.
S’ajoute à ces bâtiments, un ensemble de constructions annexes avec une area chrétienne qui a livré de nombreuses mosaïques.

- L’ensemble souterrain avec baptistère :

Situé à proximité des villas, cet ensemble est constitué d’un baptistère souterrain d’époque vandale, d’une maison communautaire qui a abrité des moines.
La découverte d’une mosaïque de sol portant une inscription a permis de localiser à cet endroit le lieu d’ensevelissement des sept moines de Gafsa, martyrisés par le roi Vandale Hunéric le 2 juillet 484.

- La basilica Maiorum :

Située à quelques dizaines de mètres de la route de Sidi Bou Said à la Malga l’église qui est à peine distincte aujourd’hui, a pu être construite au début du IV eme ap.J.-C. Son nom vient du fait que cette région a dû être celle des premiers cimetières chrétiens, les Areae Maiorum, c’est à dire des ancêtres ou des premiers martyrs.
découverte au début du siècle, cette basilique, a fourni un nombre considérable d’inscriptions funéraires. L’édifice mesurait 70.50m (sans l’abside) sur 45 m, couvrant plus de 3200 m2 . Le quadratum populi comportait une nef centrale et six bas côtés.

- La basilique de Sainte –Monique ou de Saint Cyprien :

Construite sur le plateau de Sayda à la fin du IV eme ap. J. -C, la basilique cimetériale au lieu-dit Sainte –Monique pourrait être la memoria de saint Cyprien.
L’édifice orientée Sud-Est/Nord-Ouest est long de 71,34 m sur 35,55 m de large. L’abside qui est surélevée par rapport au sol du quadratum populi est flanquée de sacristies qui communiquent avec le bas-côté et en même temps avec l’extérieur par deux ouvertures. L’église comporte une nef centrale et six bas côtés. L’accès principal de l’église devait être situé du côté de l’atrium qui occupait toute la largeur du monument.

3-Les arts et l’artisanat :

A partir du IV eme ap.J.- C on assiste à la naissance d’un véritable art chrétien qui introduit un nouveau répertoire, sous les formes élaborées aux siècles précédents. Fortement marqué par la tradition, l’art ne se renouvelle d’abord que dans les thèmes iconographiques, dont certains sont d’ailleurs seulement la reprise des thèmes anciens.

- Les mosaïques :

A la fin du IV eme ap.J.-C, Il s’est constitué à Carthage, un répertoire spécifiquement chrétien, dont les divers motifs animaliers, végétaliers et géométriques se rencontrent, sur les mosaïques tombales et sur celles qui servaient à décorer les édifices religieux. Ces pavements ont été exécutés par des ateliers installés autour de Carthage.

Exemple 1:
« La dame de Carthage » :Mosaïque en marbre et en pâte de verre. Un personnage féminin en buste, auréolé d’un nimbe, vêtu d’une tunique recouverte d’un manteau de pourpre et tenant un sceptre.(musée de Carthage-Salle chrétienne).
Exemple 2 :
« Les quatre évangélistes » : Cette Mosaïque a été découverte dans la maison du Vicus Castrorum. Elle offrait une décoration de sol à thème chrétien fort singulier. Dans un médaillon circulaire, à bandeau de triangles formant rayons, une croix dont les branches sont surmontées de deux oiseaux affrontées est jouxtée dans la partie inférieure par deux agneaux. Le cercle est soutenu par quatre personnages placés aux angles qui portent des tuniques courtes et ceinturées. Dans les quatre intervalles qu’ils laissent libres, un canthare encadré de tiges de boutons de rose placées horizontalement, ou un calice, accosté par deux palmiers. (musée de Carthage - salle chrétienne)

- La sculpture :

La plupart des sarcophages chrétiens de Carthage sont taillés dans la pierre locale du kadhel, extraite des carrières non loin de Carthage.
Le répertoire iconographique de ces sarcophages consiste essentiellement en des thèmes bibliques dont Jonas, Daniel et surtout le Bon Pasteur. Ils se caractérisent aussi par la présence des strigiles avec ou sans cartouches ou médaillons placés dans la partie centrale des sarcophages avec parfois une épitaphe, une croix ou un chrisme.
Sur le plan technique, on a constaté le même type à Tarragone en Espagne, ce qui laisse penser qu’il s’agit du même atelier qui a exercé à Carthage et s’est ensuite déplacé à la péninsule Ibérique.

- Les carreaux de terre cuite :

L’un des éléments importants du décor des édifices religieux, est sans doute les carreaux de terre cuite rouge et orangée, utilisés dans le revêtement des murs et des plafonds. Les représentations sont en reliefs ; les traces de peinture rappellent la vivacité de leur polychromie. Le répertoire qu’on y découvre est varié : Thèmes bibliques (Adam, Eve, le sacrifice d’Abraham, miracles du christ) ou symboliques ( les cerfs, les paons).

4-Des personnages symboles :

- Tertullien : ( 160-225 ap.J.-C)

Originaire de Carthage et fils de centurion, Il s’est converti au christianisme vers 195 ap.J.-C.
Le premier des écrivains chrétiens de langue latine, ce païen converti, exerça en Afrique du Nord un véritable magistère doctrinal. Auteur d’un « apologétique » et « du contre Marcion », il pratiqua un ascétisme qui le fit dévier vers l’hérésie montaniste, et eut une grande influence sur la formation de la langue théologique latine.

- Cyprien de Carthage :

Ecrivain et théologien chrétien. Ancien rhéteur, issu d’une famille aisée, Thascius Caecilius Cyprianus reçoit le baptême en 245 ou en 246. Il est élu évêque de Carthage en 249 et meurt martyr dans sa ville épiscopale le 14 Septembre 258, au cours de la persécution de Valérien.
Son premier ouvrage, Ad Donatum, est écrit, peu après sa conversion, à l’intention de son ami et destinataire Donat. Cyprien réunit, dans l’Ad Quirinum, un dossier de testimonia (citations de l’Ancien Testamment). le Quod idola dii non sint est une compilation d’emprunts à Tertullien et Minucius Felix.
Conscient de la dignité et des exigences de sa charge épiscopale, dont il rappelle souvent les prérogatives, Cyprien fut un évêque d’une grande spiritualité, profondément inspiré par les écritures, et dont les qualités furent servies par un incontestable talent littéraire aujourd’hui reconnu.
Il fût à l’origine de la tenue de la plus importante conférence épiscopale en 256 ap. J.-C à laquelle étaient présents plus de 80 évêques Africains.

- Saint Augustin :

Saint Augustin est né en 354 en Proconsulaire. Il est issu d’une famille de notables d’un père païen et une mère catholique fervente.
Il commença ses études à Madaure où il vécut de 365 à 369 ap.J.-C pour les poursuivre ensuite à Carthage à partir de 370.
Il s’intéressa aux divers courants philosophiques et religieux qui se discutaient chez les intellectuels de la ville.
Dés 373, on le retrouve professeur à Thagaste, puis, en 374, à Carthage où il enseigna la rhétorique. En 384, il enseigna à Milan où il fut baptisé.
Il décrit la première partie de sa vie dans « les confessions ». En 391, il devient évêque d’Hippone. Mais, il se déplaça régulièrement à Carthage afin de reprendre le souffle et l’énergie intellectuelle auprès de son ami Aurélius l’évêque de la métropole africaine. Il lutta avec ce dernier contre le donatisme qui disparaîtra officiellement en 411 ap.J.-C, lors de la conférence contradictoire qui se tint à Carthage, conférence pour laquelle les deux hommes avaient œuvré de concert.
Il passera le reste de sa vie à écrire pour assurer la victoire de l’orthodoxie religieuse et pour imposer sa pensée suivant laquelle la grâce divine est le seul recours pour les hommes.
Le 28 août 430, dans la ville d’Hippone assiégée par les vandales, décédera, ce père de l’église africaine qui illuminera par ses écrits les siècles suivants.

Carthage islamique

Aperçu historique :

Au cours de toute la période byzantine, Carthage restera la grande ville de l’Afrique.
Elle devait cependant tomber assez facilement entre les mains des conquérants arabes. La chute se fit en deux temps.
En 695 ap.J.-C, Hassan ibn en-Noman décide de s’attaquer en premier lieu aux byzantins de Carthage dont la prise se fit au cours d’un seul assaut rondement mené. La chute de la seule grande ville de la province non encore conquise, fut ressentie à Byzance.
En 697 ap.J.-C, le nouveau basileus, Leontius, envoyait devant Carthage une flotte transportant l’armée. La ville fût reprise mais ne redevient grecque que pour quelques mois car Hassan, détruit la flotte byzantine et s’empara définitivement de la métropole qui fut pendant quelque temps la résidence des gouverneurs envoyés en Ifriquia par les Abbassides (dynastie de califes arabes 750- 1258). Plus tard elle deviendra une bourgade importante entourée de magnifiques jardins évoqués par les auteurs arabes.
Mais, les monuments antiques de Carthage furent exploités pour le développement de la ville voisine de Tunis ainsi que par des souverains d’Europe qui envoyaient leurs bateaux pour embarquer marbres et colonnes.
Au XI eme ap.J.-C, les ruines de la ville sont occupées par les Beni-Riyâh (fraction de la tribu Beni-Helal) qui se sont installées dans la partie dite « Mollaga » qu’ils entourent de murs de terre.

Les sources littéraires :

-Oubayd Allah El Bekri, ( XI eme siècle) nous décrit les citernes de la Malaga ainsi que le port et un ribat nommé Borj Abi Souleiman.
-El Idrissi ( XII eme siècle), décrit la ville ainsi « Carthage …est une ville actuellement ruinée dont il ne subsiste qu’une portion entourée de murs de terre, nommée Moallaca, et habitée par des chefs arabes connus sous le nom de Beni Ziad ». Il décrit aussi l’amphithéâtre et les citernes.
-El Kairaouani (XVII eme siècle), reprend les récit d’El Bekri et décrit le site en évoquant une colline pourvue d’un château très élevé et comportant plusieurs étages.

Les données archéologiques :

Les données archéologiques ont démontré que l’occupation du site a continué jusqu’aux X et XI eme siècles. Cependant la difficulté est de déterminer la nature et l’étendue de cette occupation.
Durant les dernières cinquante années, les fouilles françaises sur la colline de Byrsa ont permis de dégager des structures tel que des citernes, des silos, une probable fortification ainsi que des épitaphes coufiques qui sont conservés actuellement au musée de Carthage.
La collection islamique de la céramique qui a été découverte par le père Delattre (1915-20), de Jean Ferron et M.Pinard (1953-54) date dans sa majorité du haut moyen âge.

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Bibliographie :

Période punique :

Lapeyre Pellegrin, Carthage punique, Paris, 1942.

Picard Colette, « Vestiges d’un édifice punique à Carthage », Karthago, III, 1951, p.119-126.

Cintas Pierre, « La céramique de Motyé et le problème de la date de la fondation de Carthage », Bulletin archéologique, 1963-64, p.107-115.

Lézine Alexandre, Carthage-Utique. Etudes d’architecture et d’urbanisme, CNRS, Paris, 1968, p.177-180, et fig .6-7.

Fantar Mohammed H’ssine, Carthage, la prestigieuse cité d’Elissa, Tunis, 1970.
Picard Gilbert.-Charles et Picard Colette, Vie et mort de Carthage, Paris, Hachette, 1970.
Ferron Jean, Mort –Dieu de Carthage ou les Stèles funéraires de Carthage, coll. Cahiers de Byrsa, série « Monographies », t.II, Paris, 1976.

Bénichou – Safar Hélène, Carte des nécropoles puniques de Carthage, Karthago, XVII, 1976, p5-35.

Decret François, Carthage ou l’empire de la mer, Paris, 1977.

Sznycer Maurice, « Carthage et la civilisation punique », dans Rome et la conquête du monde méditerranéen, 2/Genèse d’un empire, sous la direction de Cl .Nicolet, Paris, 1978, p.545-593.

Tlatli Salah-eddine, La Carthage punique : étude urbaine : la ville, ses fonctions, son rayonnement, Paris, 1978.
Quillard Brigitte, Bijoux carthaginois, Paris, t I, II 1979.

Bénichou – Safar Hélène, Les tombes puniques de Carthage, Paris, CNRS, 1982.

Picard Gilbert.-Charles et Picard Colette, La vie quotidienne à Carthage au temps d’Hannibal, Paris, 1982.

Racob Frederick, « Carthage punique : Fouilles et prospections archéologiques de la mission allemande », REPPAL, I, 1985, p .133-156.

Fantar Mohammed H’ssine , Carthage, les arts et les lettres, Tunis, 1991.

Ferjaoui Ahmed, Recherches sur les relations entre l’Orient phénicien et Carthage, Carthage, 1992.

Lancel Serge, Carthage, Paris, 1992

Lancel Serge, Hannibal, Paris, 1995.

Ladjimi Sebai Leila, « Elisha(t)- Elissa, entre le mythe et la réalité », Carthage, l’histoire, sa trace et son écho, AFAA, Paris Musées, 1995, p.50-59.

Période romaine :

Deneauve Jean, Lampes de Carthage, Paris, 1969.
Lézine Alexandre, Les thermes d'Antonin à Carthage, Tunis, 1969.

Gros Pierre, « Le forum de la haute ville de la Carthage romaine d’après les textes et l’archéologie », CRAI, 1982, p.636-658.

Beschaouch Azedine., « Topographie de Carthage romaine : sur la localisation du temple d’Isis », CRAI, fasc. II, 1991, p.323 -334.

Ennabli Abdelmajid, Pour sauver Carthage, exploration et conservation de la cité punique, romaine et byzantine, 1992, UNESCO/INAA.

Beschaouch Azedine, La légende de Carthage, Paris, 1993.

Ladjimi Sebai Leila, « La colline de Byrsa à l’époque romaine ». Etude épigraphique et état de la question, Karthago XXVI, 2005.

Période Chrétienne, vandale et Byzantine :

Duval Noël et Lézine Alexandre, « Nécropole chrétienne et baptistère souterrain à Carthage », Cahiers archéologiques, 10, 1959, p.85-92.

Lézine Alexandre et Duval Noel, « La chapelle funéraire souterraine dite d’Asterius à Carthage », MEFRA, 71, 1959, p.339-357.

Picard Gilbert.-Charles, La Carthage de Saint Augustin, Paris, 1965.

Duval Noël, « Etudes d’architecture Nord-Africaine », MEFRA, t.84, 1972, p.1072-1172.

Ennabli Liliane, « Inscriptions chrétiennes de Carthage », Africa IX, 1985, p.23-47.

Lancel Serge, Actes de la conférence de Carthage en 411, Paris, 1991.

Ennabli Liliane, Carthage, une métropole chrétienne du IV à la fin du VII siècle, Etudes d’Antiquités Africaines, CNRS, 1997, Paris.

Lancel Serge, Saint Augustin, Paris, 1999.

Ben Abed Aicha, et Duval, N, « Carthage la capitale du royaume et les villes de Tunisie à l’époque vandale », Sedes Regiae (ann.400-800), Separata, Barcelone, 2000, p.163 -218.

Période islamique :

Vitelli Giovanna, Islamic Carthage, The archeological, historical, and ceramic evidence, Dossier 2, CEDAC, Carthage,1981.

Bibliographie générale :

Saumagne Charles, « Notes de topographie carthaginoise ; la colline de Saint –Louis », BCTH, 1924, p.177-193 et 629-647.

Baradez Jean, « Nouvelles recherches sur les ports antiques de Carthage », Karthago IX, 1958, p.45-78.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de fouilles et de mise en valeur de Carthage (Tunisie) 1973-1978 », Acts of the XIth International Congress of classical Archaeology at London, 3-9 Septembre 1978, p.165-169.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de fouilles à Carthage (1973-1979) », Karthago, XIX, 1977-78, p.107-119.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage (1973-1984) : résultats et enseignements », Cahiers des études anciennes XVI, (Carthage VI : Actes du congrès international sur Carthage, Trois- Rivières, Université du québec, 10-13 Octobre 1984, première partie), p.21-35.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage. Fouilles et recherches archéologiques, 1973-1987 ; premiers bilans », CRAI, p.407-438.

Repères chronologiques concernant Carthage :

- 814 La fondation de Carthage
- 753 La fondation de Rome
- VIe s. Création des établissements en Sicile et en Sardaigne
- 509 Premier traité entre Carthage et Rome
- 480 La défaite d’Himère face à Gélon, tyran de Syracuse
- Ve s. Expansion de Carthage dans son arrière-pays africain. Périple d’Hannon au long des côtes d’Afrique
- 409-405 Prise de Sélinonte, Agrigente et Gela par les Carthaginois
- 310 Agathocle dévaste Kerkouane
- 264-241 Première guerre punique. Prise de La Sicile par Rome
- 241-237 Guerre des mercenaires
- 237-219 La conquête du sud de l’Espagne et la fondation de Carthagène
- 218-201 Deuxième guerre punique
- 201 Traité de paix et fin de la deuxième guerre
- 149-146 troisième guerre punique : prise et destruction de la ville par Scipion Émilien. Le sol de Carthage est maudit.
- 122 Échec de la tentative de Caius Gracchus de reconstruire Carthage.
- 29 Octave Auguste fonde et reconstruit la « Colonia Concordia Iulia Kartago »
- 170 formation de l’Eglise latine d’Afrique à Carthage avec Tertullien
- 203 Premiers Martyrs chrétiens connus : Saintes Perpétue et Félicité
- 258 Martyre de Saint Cyprien évêque de Carthage
- 310 Maxence dévaste Carthage
- 312-337 Constantin rebâtit la ville
- 374-383 Saint Augustin à Carthage
- 411 Conférence de Carthage entre catholiques et donatisme. Fin officielle du schisme.
- 439 Prise de Carthage par les vandales
- 533 Les Byzantins chassent les vandales et rattachent Carthage à Constantinople alors capitale de l’empire
- 698 Prise de Carthage par Hassan Ibn Nooman (un général arabe …)

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Carthage

Fondée par les Phéniciens vers 814 avant J.-C, Carthage fit entrer l'Afrique dans l'histoire. Carthage punique fut Reine des mers ( périple d'Hannon) et se voulut Maîtresse du monde méditerranéen. L'empire punique de Carthage connut des moments de gloire et des guerres célèbres mais disparut en 146 avant J.-C.
Le général romain "Jules César" ordonne la refondation de Carthage qui allait devenir la capitale de l'Africa proconsulaire. Carthage impériale qui lui succéda honora les arts et les lettres. La Carthage chrétienne de saint Augustin semble une cité exaltée autant par la religion que par les passions. Elle devient vandale pendant un siècle, puis byzantine et enfin arabe.
La Carthage moderne porte aujourd'hui les témoignages archéologiques de ce prestigieux passé.
La Tunisie fait aujourd'hui de ce site exceptionnel une vaste promenade archéologique où les Tunisiens et les visiteurs viennent admirer un paysage exceptionnel, contempler les vestiges et découvrir les monuments dont le visiteur peut aussi admirer juste à proximité le merveilleux village maraboutique de Sidi Bou-Said et la baie du golfe de Tunis.
A ce titre, Carthage est inscrite par l'UNESCO sur la Liste du Patrimoine Mondial depuis le 26 octobre 1979.

Historique des travaux et recherches archéologiques

CARTHAGE PUNIQUE : « NON DELENDA CARTHAGO »

I-Fondation de Carthage

- Le mythe de la fondation
- La réalité de la fondation entre l’histoire et l’archéologie

II- Les institutions politiques et administratives

- Le sénat
- L’assemblée du peuple
- Le Sufétat
- L’armée

III- Les guerres puniques

- La première guerre punique
- La deuxième guerre punique
- La troisième guerre punique

IV- La ville et ses composantes urbaines

V- Le tissu urbain

- L’enceinte
- Les rues
- Les ports
- Le tophet
- Les nécropoles

VI- La religion

- Baal Hammoun
- Tanit
- Melqart
- Eshmoun

VII -L’économie

1-Le commerce
2-L’agriculture
3-L’industrie et l’artisanat
- La céramique
- La métallurgie
- La pâte de verre
- La sculpture
- La bijouterie

VIII- Les personnages symboles
- Amilcar Barca
- Hannibal
- Magon
- Hannon et Hamilcon

I-Historique de recherche :

1825 : Premières fouilles à Carthage.
1833 : Première carte détaillée de la presqu’île de Carthage.
1859 : Fouilles sur la colline de Byrsa et sondages dans les ports puniques.
1874-1875 : Recueil de près de 2200 stèles puniques et découverte par un monument qui serait un serapeum. «Mission à Carthage», Paris, 1884 par E.de Sainte Marie.
1875-1932 : Le père Delattre entreprend plusieurs travaux :
-Fouille de plusieurs cimetières romains et paléochrétiens dans le secteur de la Malga (Bir Zitouna et Bir Jebbana) :
-Découverte de plusieurs dizaines d'inscriptions sur marbre.
- Découverte de nombreuses inscriptions funéraires chrétiennes dans la grande basilique de Damous El Karita contenait.
-fouille du versant sud de la colline de Byrsa mettant au jour d'abord plusieurs tombeaux puniques avec leur mobilier funéraire, ensuite quelques maisons d'époque romaine, ainsi qu'un mur de soutènement romain fait d'amphores, d'époque républicaine.
-Découverte de la chapelle souterraine.
-Dégagement de l'arène de l'amphithéâtre.

1892 – 1896 : Fouille de la nécropole punique de Douïmès : plus de 1100 tombeaux livrent un abondant matériel de céramique et de menus objets.
-Explorations sur les collines de Sainte-Monique et de Borj Jedid et découverte d’une importante nécropole punique constituée de caveaux creusés dans la falaise.

1898-1901 : Etablissement de la carte de l'Atlas archéologique de Carthage,
(Feuille de La Marsa au 1/50.000].

1897-1900 : Une Carte archéologique et topographique des ruines de Carthage au 1 /5000, en trois feuilles.

1897-1905 : Paul Gauckler, récupère une grande mosaïque représentant un sacrifice à Diane et Apollon, exposée aujourd'hui au musée du Bardo.

1898-1903 : fouilles en larges et profondes tranchées dans le secteur de Dermech par Paul Gauckler et découverte d’une basilique chrétienne d'époque byzantine.

1904 : Fouille établie par Paul.Gauckler sur la colline de Borj Jédid : fouille d’une maison tardive pavée de mosaïque paléochrétienne, dégagement du théâtre et découverte de nombreuses inscriptions et des statues, envoyées au Bardo.

1905-1920 : Alfred Merlin poursuit l'exploration des nécropoles en fouillant sur la colline de Borj Jedid.

1920 : Découverte de la mosaïque dite du «Seigneur Julius» en bas de Byrsa, remarquable pavement de 4,50 x 5,65m représentant la vie d'un grand domaine.

1916 : découverte d'un sarcophage paléochrétien à Koudiat Zâteur contenant une très riche parure de bijoux d'or, émeraude et rubis.

1921-1924 : Alfred Merlin publie une carte des nécropoles puniques découvertes à Carthage.

1920-1940 : Louis Poinssot : découvre les mosaïques de la maison d'Ariane au flanc de la colline de Byrsa.

1930 : Des travaux de restaurations seront réalisées sur les principaux monuments paléochrétiens : basilique de Saint-Cyprien, Damous El Karita, Basilica Majorum et l'amphithéâtre.

1942-1955 : Gilbert Charles Picard entreprend le dégagement des thermes d'Antonin, en extrait un grand nombre de statues et d'éléments architecturaux.
-Création d’un parc au niveau des ruines des thermes
-Les fouilles du tophet sont reprises et poursuivies par Pierre Cintas

1950 : Alexandre Lézine entreprend quelques dégagements dans l'édifice circulaire situé à proximité du théâtre. Il restaure une partie des thermes d'Antonin.

1952 : Jean Ferron, directeur du musée de Carthage (1952-1964), entreprendra des fouilles méthodiques dans un quartier du versant sud de la colline de Byrsa. Colette Picard y entreprendra aussi quelques dégagements.

1955 : Alexandre Lézine et Noël Duval effectuent une fouille de sauvetage dans le quartier de Sainte Monique.

1957 : Découverte des vestiges d'un temple près de la sebkha du Kram, des inscriptions dans la région de Damous El Karita, une grande mosaïque représentant Tellus en bas du quartier de l'Odéon (mars 1958).Dans le secteur des villas romaines, une nécropole punique dégagée en 1956-1957.

1968 : Aménagement sommaires du théâtre pour servir de cadre au festival culturel de Carthage.

1972 : Projet UNESCO de Tunis-Carthage :
Lancement de la campagne internationale de sauvegarde de Carthage le 19 mai 1972. Les actions de la conservation et des équipes internationales ont été soutenues par l'UNESCO, par l'inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial (1979), par la création d'un centre d'étude et de documentation archéologique (CEDAC) et enfin par le projet de création d'un parc national devant s'étendre sur les 500 hectares de la zone archéologique. Parallèlement au déroulement de la campagne de fouille, un regroupement progressif de l'ensemble du matériel archéologique livré par le site, est effectué au musée de Carthage.
Un plan d'aménagement partageant le territoire de Commune en zone réservée à l'urbanisation a paru au Journal Officiel de la République Tunisienne en 1978. La zone archéologique sauvegardée a fait l'objet d'un décret de classement en 1985.

1991 : Le 23 juillet, le Président de la République tunisienne décide la création du parc archéologique national de Carthage

1 -Fondation de Carthage :

- Le mythe de la fondation :

L’historiographie classique est presque unanime sur la légende de la fondation de Carthage, selon laquelle Elyssa était une princesse tyrienne, épouse d’Acherbas grand prêtre du dieu Melqart et en même temps son oncle maternel. Son frère Pygmalion qui succéda à son père n’hésita pas à tuer son beau frère pour s’emparer de ses richesses.
Elyssa craignant de subir le même sort, s’enfuit avec ses partisans. Après un long voyage, qui valut à l’héroïne le surnom de Dido (l’errante), elle atteignait les côtes de la Tunisie actuelle où elle décida de s’installer.

A cet effet elle détourna les coutumes locales qui interdisaient aux étrangers l’acquisition de terrains dépassant la superficie d’une peau de bœuf qu’elle découpa en fines lanières. Cette ruse lui permit l’achat d’un espace plus étendu que prévu : ce qui explique peut être le nom donné à la colline de Carthage : Byrsa désigne en grec une peau d’animal traitée. Ainsi, fut fondée Qarthadasht (Carthage) ville neuve en langue Phénicienne.
Le roi de Libyens, Hiarbas, ébloui par la beauté et l’intelligence de la princesse, voulut l’épouser. Plutôt que d’être infidèle à son mari, elle décida d’accomplir une cérémonie expiatoire et monta elle même sur le bûcher qu’elle avait allumé et se jeta dans le feu. Ce geste lui valut d’être honorée comme divinité.

- La réalité de la fondation entre l’histoire et l’archéologie :

Selon les sources anciennes, Carthage fut fondée vers la fin du IX eme siècle av.J.-C. Pour Velleius Paterculus, historien latin du I er siècle av. J.-C. Cette fondation a précédé celle de Rome de soixante cinq ans.
Quant à Timée le Sicilien, d’après le témoignage d’Halicarnasse, Carthage fut fondée trente –huit ans avant la première olympiade correspondant ainsi à l’année 814 av.J.-C.
De son côté, Ménandre d’Ephèse, citait un document tyrien, qui plaçait la fondation de Carthage dans la septième année du règne de Pygmalion.
Cette date traditionnelle fût confirmée par les résultats des prospections et les fouilles menées par la mission allemande à la fin des années soixante dix dans le cadre de la campagne internationale de Carthage organisée par l’UNESCO à partir de 1972. Aussi a –t-on découvert des vestiges d’habitat archaïque datant de la première moitié du VIII av. J.-C dans la partie basse du site et non pas sur la colline de Byrsa où les archéologues français, et toujours dans le même cadre, ont découvert des témoignages d’une activité artisanale et métallurgique de la même période.

2- Les institutions politiques et administratives :

D’après Aristote, les principales institutions politiques de Carthage étaient l’assemblée du peuple, le Sénat, le Sufétat et la cours des Cent quatre.
L’assemblée du peuple est ouverte en principe à tous les citoyens. L’accès aux instances était électif. : La richesse, la compétence, la liberté, l’âge et la culture sont les critères exigés tant pour les candidats que pour les électeurs .

-Le sénat :

Le sénat avait de très larges attributions ; toutes les questions politiques étaient de son ressort : il décidait de la guerre et de la paix ; il lui appartenait de négocier avec les états étrangers, de signer des accords de coopération et de bon voisinage. En cas de graves délits politiques, le Sénat pouvait s’ériger en tribunal. Il avait également latitude de faire instruire et d’examiner certains dossiers relatifs à la vie économique et sociale.

-L’assemblée du peuple :

Seuls les Carthaginois qui pouvaient tirer avantage de la citoyenneté avaient le droit de siéger et de participer aux délibérations de ce corps populaire.
Pour se réunir, l’Assemblée du peuple devait être convoquée par les sufètes, mais à l’occasion des crises graves, elle pouvait spontanément se réunir et délibérer. D’autres prérogatives lui ont été confiées, dont le droit d’élire des magistrats, notamment les généraux.

-Le Sufétat :

Le sufétat est la magistrature la plus haute chez les Puniques. Les suffètes étaient élus pour un an par l’Assemblée du peuple. Ils avaient des prérogatives politiques, militaires, judiciaires et sans doute religieuses. Ils réunissaient les assemblées, les présidaient et leurs présentaient les dossiers et intervenaient dans les débats.

-L’armée :

« Carthage n’à d’armée qu’en temps de guerre » Stéphane Gsell, H.A.A.N.
En effet, la majorité de ses armées, était licenciée à la fin des conflits.
À l’époque archaïque, cette armée était formée de citoyens carthaginois mais les Magonides( dynastie qui a gouvernée Carthage entre la seconde moitié du VIe s. et IVe s. av. J.-C.) introduisirent les mercenaires
Aux temps des barcides (dynastie qui a gouverné Carthage entre le IIIe s. et la première moitié du IIe s. av. J.-C), aucun citoyen carthaginois n’est recruté dans les armées d’outre mer.
Carthage était dotée de flottes maritimes, bien équipées et expérimentées, qui avaient participé à plusieurs guerres, notamment, celles de Sicile contre les grecs d’Occident, et aux guerres puniques.

3- Les guerres puniques :

Les Carthaginois étaient présents au sud de l’Espagne, dans toutes les îles de la Méditerranée (Sicile, Sardaigne, Baléares, Malte) et contrôlaient un vaste territoire africain : les ports de la grande Syrte (Leptis Magna, Sabratha…), de nombreux comptoirs le long des côtes algériennes et marocaines, ainsi, que la majeure partie des terres fertiles de l’actuelle Tunisie (Sahel, Grandes Plaines et Cap Bon).A la même époque, Rome venait à peine d’achever la soumission de la péninsule italienne.
Avec ses sujets, ses alliés et surtout ses mercenaires, l’armée Carthaginoise, était inférieure à celle de Rome. En revanche elle possède une flotte importante et rapide, ainsi qu’une tactique efficace, qui fait usage de la redoutable cavalerie et des éléphants.

- La première guerre punique :

Entre Rome et Carthage existait des rapports d’amitié et d’alliance sanctionnés par plusieurs traités : en 508, 348, 306 av.J.-C ….
-A la fin du IV eme dix ans avaient été nécessaires pour écarter la menace du tyran Agathocle de Syracuse, qui porta la guerre jusqu’à Carthage
-En 280 av.J.-C, Pyrrhus tentait de sauver l’Hellénisme en Italie et en Sicile. Carthage avait conclu un nouveau traité avec Rome et deux ans plus tard l’invasion était réprimée.
-En 264 av.J.-C, les Romains qui passaient en Sicile pour secourir les habitants de Messine cherchaient en réalité à chasser les Carthaginois de l’île entière. Ce fut l’origine du déclenchement d’un conflit d’une ampleur exceptionnelle : la première guerre romano-punique.

-La deuxième guerre punique :

-En 226 av.J.-C, Hasdrubal, qui venait de fonder la colonie de Carthago Nova, adopta une politique plus prudente avec les Romains en signant avec eux un accord.
-En Mai 218 av.J.-C, Hannibal prenait la route des Pyrénées en direction de l’Italie avec cinquante milles fantassins, cinq milles cavaliers et trente –sept éléphants. Il comptait surprendre les Romains par les Alpes.
-A partir de 204 av.J.-C, la guerre est portée en Afrique qui était alors divisée en trois parties d’Ouest en Est : le royaume des Maures et les deux royaumes numides : celui des masaesyles et celui des Massyles avec à sa tête le roi Massinissa qui s’alliait avec les romains contre Carthage.
-Scipion débarqua à Utique et remporta une série de victoires jusqu’à la bataille de Zama en 202, où il écrasa Hannibal.

-La troisième guerre punique :

Pendant un demi-siècle, Massinissa ne cessa d’empiéter sur le territoire de Carthage.
A partir de 167 av J.-C, Rome lui permet d’annexer des territoires carthaginois pour le récompenser de son soutien pendant la guerre contre la Macédoine.
En 151 av.J.-C , Carthage décida de s’opposer par les armes aux agressions numides, Rome déclara alors la guerre.
En 147 av.J.-C, L. Hostilius Mancinus, pénètre une première fois dans les jardins de Mégara (région de Carthage). Scipion Emilien réussit au printemps 146 à prendre possession du port circulaire, puis s’empare de la ville basse et finira par occuper la citadelle de Byrsa. Quant au sol de la cité, il fût déclaré « maudit ».

4- La ville de Carthage et ses composantes urbaines:

Le choix de l’installation du site a été essentiellement déterminé par sa situation favorable du point de vue commercial et défensif. En effet, la ville s’est installée dans une péninsule, se trouvant sur le côté méridional du détroit qui assure la passage entre les deux bassins de la méditerranée : un choix réfléchi pour contrôler la navigation.
Carthage est aujourd’hui située à une dizaine de kilomètres au Nord-Est de Tunis et s’étend au centre d’une presqu’île délimitée par la Marsa au Nord, la Goulette au Sud, Sidi Bou Said sur le cap Nord-Est. Elle s’est développée sur le rivage du golfe de Tunis, face à la presqu’île du Cap Bon.

5-Le tissu urbain :

L’urbanisme de Carthage a été commandé et s’est adapté au terrain escarpé ainsi qu’aux orientations diverses des lignes de pente. Toutefois, sur le flanc Sud-Est de la colline, les rues rectilignes se coupent à angle droit déterminant ainsi des îlots rectangulaires orientés NO-SE.

L’enceinte :

La présence d’une muraille est largement attestée par les auteurs anciens qui fournissent de précieuses indications sur le parcours de l’enceinte, son périmètre, la hauteur des murs, leurs épaisseurs, leur disposition, les aménagements, les matériaux utilisées…
Justin, historien romain du II eme, précise que vers le milieu du VI eme av.J.-C, le rebelle Malchus n’a pu entrer dans la ville qu’après l’avoir assiégée.
Strabon, historien et géographe grec (64 av.J.-C –24 ap J.-C), indique que dans les derniers temps de la ville punique, les remparts contenaient des écuries pour loger des éléphants. Il donne aussi un chiffre très exagéré pour le développement total de l’enceinte (360 stades : prés de 64 km). Tite-Live, historien romain (64 av.J.-C –17 ap.J.-C), Quant à lui il indique le chiffre de 22 ou 23 milles.
Selon Appien, historien grec (95 ap.J.-C – 160 ap.J.-C), Scipion devenu maître de l’isthme entier, creusa, de la mer à la mer, un fossé long de vingt-cinq stades (4400 mètres), qui était à portée de tir de l’ennemi, c’est à dire les fortifications de la ville, où ces derniers étaient alors enfermés.
Les fouilles archéologiques de Carthage ont permis le repérage d’une partie des vestiges des remparts qui ne cédèrent qu’à l’assaut de Scipion Emilien entre la baie du Kram et Bordj Jedid. D’importants vestiges en grosses pierres de taille sont bien visibles, soit à fleur d’eau, soit en profondeur.
Par ailleurs, d’autres fouilles, menées par les membres de la mission allemande dans le quartier dit de « Magon », ont mis au jour des vestiges qui appartiennent à la muraille punique, le long de la mer. Ils sont datables de la fin du VI av.J.-C ou du début du Veme av.J.-C. Les blocs de fondation sont taillés dans du grés et se distinguent par leur très grande taille .

Les rues :

Au pied de la colline de Byrsa, la fouille permit la mise au jour d’un très beau quartier d’habitation, où la disposition des rues devient radiale sans exclure l’orthogonalité des intersections. Les rues ont une largeur moyenne de 6,50 m à 7 m. Elles sont des simples chaussées en terre battue, interrompues parfois par des marches et ne comportaient pas d’égouts. Dans le secteur Magon, au bord du rivage, les rues n’avaient qu’une largeur de 3 m. Mais la grande rue qui se dirige vers la Porte de la mer est plus large et atteint 9m.

Les ports :

A l’extrémité sud-est de la plaine littorale qui abrite une petite rade, se trouvent les deux ports de Carthage, situés à l’intérieur des terres et constituent aujourd’hui deux lagunes.
Grâce à plusieurs textes anciens et aux fouilles archéologiques la restitution du fonctionnement de ces ports a été ainsi possible:
-La lagune circulaire : Les investigations des archéologues britanniques ont pu identifier cette lagune comme un port militaire. Datant du II e s. av. J.-C, ce port comprend en son centre un îlot qui devait abriter le pavillon de l’amiral chargé de contrôler les mouvements de la flotte.
-La lagune oblongue : Ce bassin est attribué par l’historiographie antique au port commercial. De ce port marchand, une mission américaine a retrouvé une portion du quai ouest. Les structures les plus anciennes de ce quai datent de la deuxième moitié du III eme siècle av. J.-C. Ce port a du subir des remaniements à l’époque romaine qui ont fait de son plan rectangulaire initial un plan hexagonal.

Le tophet :

On désigne par ce terme une aire sacrificielle où les carthaginois offraient des sacrifices et érigeaient des stèles commémoratives. Cet espace devrait faire environ un hectare de superficie à sa plus grande période d’occupation au III eme av.J.-C.
Découvert d’une manière fortuite en 1921, il connut des fouilles qui se sont succédées entre 1923-1979, le tophet apparaît comme un sanctuaire de type cananéen. De point de vue morphologique, il se présente comme une aire sacrée à ciel ouvert qui abrite plusieurs milliers d’urnes funéraires contenant des cendres de jeunes enfants et d’animaux. Ces urnes sont entassées sur plusieurs niveaux successifs, les plus anciennes se trouvant dans les niveaux inférieurs. Les fouilleurs ont pu attribuer les couches les plus anciennes au milieu du VIII eme av.J.-C. Les dernières dépositions appartiendraient au milieu du II eme av J.-C. , date de la fin de Carthage punique.

Les nécropoles :

Les zones où les sépultures carthaginoises ont été repérées forment un croissant dont l’ouverture est tournée vers la mer. Elles se situent autour et dans les flancs des collines de Byrsa, Junon et Dermech, ainsi que dans les profondeurs du plateau de Douimés. C’est la où les plus anciennes tombes ont été reconnues. Elles datent de la période archaïque (VIII eme au V eme siècles av J.-C).
Cependant, à cause de l’explosion démographique qu’a connu la ville de Carthage, à Partir du IV eme siècle av. J.-C, les carthaginois ont décidé d’affecter d’autres terrains à leurs nécropoles : de nouveau, les tombes s’étalent en croissant dont la concavité continue à s’ouvrir sur la mer : Ce sont désormais les collines dites du théâtre, de l’Odéon et de Sainte – Monique qui sont exploitées à cet effet.
Plus prés des rivages, les tombes des derniers siècles de la métropole punique occupent Ard-el-Khéraib. Elles correspondent à a période classique (fin du V eme –146 av.J.-C)
Concernant la typologie des sépultures, elles se répartissent en deux grandes catégories : la fosse simple ou construite et le puits qui peut dans certains cas atteindre 30 mètre de profondeur.
Les chambres sépulcrales sont creusées dans l’épaisseur des parois. Quand il s’agissait d’un caveau collectif, plusieurs pièces pouvaient y être étagées ou affrontées et sont munies de niches, de banquettes, d’auges ou de sarcophages.

6- La religion :

Les divinités puniques comme les divinités sémitiques d’une façon générale, sont pourvues d ‘une nature fort complexe. Elles peuvent avoir de multiples fonctions dans l’univers sacré des Carthaginois.

Baal Hammoun:

Baal Hammoun fût parmi les dieux officiels de Carthage. En Orient, son culte est attesté par les amulettes provenant de la région de Tyr, les dédicaces et les anthroponymes. En occident, Baal Hamon est invoqué sur presque toutes les stèles inscrites qui proviennent des champs d’urnes liés aux sacrifices aussi bien à Malte, Carthage, Hadrumète, la Sicile et Sardaigne.
A Carthage, des œuvres d’époque punique récente (III-II av J.-C) ont été souvent retrouvées. Elles représentent un dieu barbu, coiffé d’un bonnet pointu, assis sur un trône et flanqué parfois de deux sphinx ; il lève sa main droite ouverte. La main gauche tenant une hache.

Tanit :

Tanit était la divinité principale de Carthage, du moins au temps des puniques. Les témoignages sont des milliers de textes échelonnés sur deux ou trois siècles mentionnant le nom de TNT PN B’L, que l’on traduit habituellement par « Tanit face de Baal ».Son attestation constante avec Baâl Hammoun ne signifie pas nécessairement qu’elle ait été l’épouse de ce dieu, mais plutôt comme sa parèdre qui le faisait renaître périodiquement, d’une terre revigorée.
Tanit a été adorée comme étant une mère féconde puisqu’au milieu d’un certain nombre de stèles, une colonne dressée porte une grenade, emblème de fécondité, dont les flancs renferment des pépins.
Le symbole divin que l’on appelle le signe de Tanit offre, à sa partie supérieure, soit un cercle dont la nature est encore discutée, soit moins souvent un croissant lunaire retourné.

Melqart :

MLQRT signifie en phénicien « roi de la ville », dont le culte s’inscrivait dans une symbolique du pouvoir royal.
Les sources anciennes précisent que les colons phéniciens ont amené des reliques de Melqart et fondèrent, à peine arrivés à Carthage, un sanctuaire, sans doute pour favoriser les contacts avec les autochtones.
Le Melqart adoré dans la grande ville africaine n’était sans doute pas différent du Melqart de Tyr.
L’iconographie de Melqart à Carthage est représentative de la tradition orientale ainsi que les adaptations que l’hellénisme a introduit avec l’assimilation de Melqart à Héraclès. Ainsi, des hachettes-rasoirs présentent-elles Melqart debout sur une sorte de podium qui surmonte lui même une fleur de lotus. Il est coiffé d’une tiare ou d’un bonnet conique, portant un long vêtement fendu en tenant de la main droite une « hache fenestrée » qui repose sur son épaule.


Eshmoun / `SMN : dieu de la médecine

Il était l’un des principaux dieux de Carthage ; une inscription découverte à Carthage mentionne son temple qui se trouvait vraisemblance au sommet de la colline de Byrsa.
Ce dieu est identifié avec Esculape.

V- L’économie:


1-Le commerce :

Carthage, fut, avant tout, un empire maritime à vocation commerciale.
Héritiers des phéniciens, les carthaginois s’adonnèrent surtout au commerce maritime dans tout le bassin méditerranéen en profitant de la position géographique de leur capitale .
Les produits exportés, étaient, essentiellement, les esclaves, les matières premières, l’huile d’olives et le vin.

2-L’agriculture :

Ce n’est qu’à partir de la défaite d’Himère en 480 av. J.-C. contre les grecs en Sicile, que les Magonides se retournèrent vers l’arrière-pays africain, et s’adonnèrent à l’agriculture, avec succès.
Des traités d’agronomie ont été composés par des carthaginois, parmi lesquels, ont peut citer ceux d’Hamilcar et de Magon. La réputation de ce dernier selon Varron, dépassa celle de tous les grecs qui avaient écrit sur le même domaine.
Les carthaginois étaient connus surtout par la culture des céréales, les cultures arbustives, notamment, la viniculture et l’oléiculture ce que confirme la découverte de plusieurs amphores commerciales à vin ou à huile.

3-L’industrie et l’artisanat :


La céramique :

La céramique carthaginoise qui s’est inspirée de la céramique phénicienne archaïque est revêtue d’un engobe rouge plus au moins violacé, lustré au lissoir.
A partir du VI eme av.J.-C, la céramique punique tend à devenir plus achrome.
Le décor généralement modeste consiste soit en zones revêtues du même engobe rouge-violacé; soit en ornements peints en brun, en rouge ou en violacé sur le fond achrome des vases surtout au V eme –III av J-C.
Au III-II eme av.J.-C, on assiste à un décor imprimé avec une certaine abondance, ou bien découpé et ajouré par enlèvement de l’argile encore molle.

- La céramique à vernis noir :

Les potiers grecs couvraient leurs vases d’un vernis noir résultant de la cuisson en atmosphère réductrice d’une dilution d’argile fine. Les carthaginois adoptèrent ce procédé à partir du V eme et surtout du III eme av .J .-C , imitant les productions grecques et italiennes.
Au III e et II e siècles av .J .-C, Carthage fabriqua une céramique à vernis noir qui se caractérise par sa pâte beige- jaunâtre très pâle, son vernis franchement noir avec un décor incisé, peint surtout imprimés(rosettes, palmettes). On placera dans cette catégorie les « vases-biberons » à vernis noirs, dotés de tubes verseurs, typiquement puniques.

-Les amphores commerciales :

Les amphores commerciales fabriquées à Carthage et sur son territoire servaient à l’emballage des productions locales : denrées agricoles ou produits de la pêche, pour la consommation sur place ou pour l’exportation. Elles se caractérisent par une panse cylindrique plaquée dans sa partie haute par des petites anses.

-Les lampes :

L’objet le plus emblématique de la poterie Carthaginoise est la lampe-coquille, patère au bord replié et pincé en trois endroits pour former deux becs –d’où sa désignation « lampe écuelle ou de lampe-coquille ». Au fil des siècles, elle va se replier, jusqu’à se renfermer complètement à l’époque de la destruction de Carthage (146 av.J.-C).

-La métallurgie :

L’historiographie antique n’a pas négligé d’évoquer ce sujet. Pour Thucydide, les Carthaginois « ont en abondance de l’or et de l’argent »
Diodore de Sicile quant à lui, parle des tabernacles dans les sanctuaires de Carthage. De son côté, Appien, évoque des statues et des parois murales revêtues de plaques d’or.
D’après Pline l’Ancien, des lambris dorés ont été vus pour la première fois à Rome, dans le capitole, après la destruction de Carthage. Les sources anciennes parlent aussi des riches Carthaginois qui possédaient une vaisselle d’or et d’argent. Tite Live raconte que Hasdrubal, le frère d’Hannibal, possédait un écu en argent. Selon Pline, il est en or et pèse 137 livres, soit environ 45 kg sur lequel on voyait son portrait
La découverte des ateliers métallurgiques sur les flancs de la colline de Byrsa confirme que cette activité n’était pas étrange aux carthaginois. Ils réduisaient le cuivre et surtout le fer dans de petits bas-foyers en argile assez semblables aux fours traditionnels tunisiens (tabouna).

-La pâte de verre :

Comme le laisse croire les découvertes effectuées dans les nécropoles ou dans différents quartiers où l’activité artisanale a laissé des témoignages matériels, l’industrie du verre semble avoir été omniprésente dans la vie des Carthaginois :
1-La femme recevait des fioles en verre destinées à la conservation des parfums et autres produits d’esthétique.
2-Le maître verrier confectionnait des amulettes représentant des personnages d’un aspect caricatural dont la valeur est magico -religieuse.
3-La pâte de verre a été utilisée dans la décoration des sols des habitations puniques.

-La sculpture :

Les auteurs anciens comme Tite-Live, Pline, Appien, signalent la présence de statues à Carthage ; elles furent enlevées par Scipion Emilien et envoyés à Rome. Les unes se trouvaient dans des édifices publics ; d’autres conservées par des privées.
De riches Carthaginois semblent avoir possédé des statues à l’instar d’Hannibal dont la collection était célèbre. Il détenait un bronze de Lysippe : qui est une statuette d’Héraclès, un surtout de table, dont on parlait encore du temps de l’empereur Domitien, d’après un témoignage de Stace et de Martial (poètes latins du I er siècle).
Il faut mentionner encore les célèbres sarcophages à pseudo-gisants, découverts par le Père Delattre, dans les tombes de la nécropole de Sainte Monique actuellement conservés au musée de Carthage.
Concernant les stèles, la gravure sur pierre était largement connue à Carthage. Le travail exécuté en méplat ou en relief se détachant à peine du support. La technique du méplat semble avoir été parfaitement maîtrisée, comme sur la stèle dite des échassiers qui constitue l’une des meilleures réussites de la sculpture punique.

-La bijouterie :

La bijouterie punique constituait un secteur important et très diversifié. Elle occupait une place considérable dans l’économie des cités puniques, notamment Carthage.
Étant liée à des domaines divers, elle alimentait le commerce, la vie quotidienne, ainsi que le monde sacré et funéraire. Ce type d’artisanat est intimement lié au travail des métaux dont on a pu déceler les différentes spécialités grâce aux stèles inscrites du tophet.
Bodashtart, fils de Moceph se disait « nosek harous » littéralement « fondeur d’or ». Il convient d’y reconnaître un bijoutier. Le neveu de Bodashtart était, lui aussi, « fondeur d’or » ; il s’appelait Arish, fils Yathonbaal fils de Moceph.
Pour désigner l’or, les Puniques semblent avoir le plus souvent utilisé le terme « harous », mais le mot « Sahab » est également attesté.
Pour la confection de leurs bijoux, les Carthaginois ont eu recours aux métaux : l’or, l’argent, le plomb, le fer, le cuivre, le bronze…Ils ont en outre, utilisé la pierre fine ; comme l’hyacinthe, la turquoise, l’agate, l’ambre, le lapis-lazuli, l’améthyste, le grenat, la cornaline, le porphyre, le quartz, le cristal de roche.
Sur les flancs de Byrsa, les archéologues ont découvert pas moins de 13 kilos d’éclats de cornaline de qualités diverses, ainsi que des fragments d’obsidienne et de petits rameaux de corail. Parmi les éclats de cornaline découverts on a pu remarquer l’existence de perles fusiformes déjà manufacturées percées d’un trou d’enfilage, mais abandonnées en cours du polissage.

7- Les personnages symboles :

-Amilcar Barca :

Le stratège et homme politique, né autour de 280 avant J.-C, Amilcar Barca est issu d'une famille illustre de Carthage. Au cours de la première guerre punique (264-241 avant J.-C), il apparut comme l'un des principaux chefs de guerre.
Après la victoire de Rome, au large des îles Aegates (Sicile) en 241 avant J.-C, il reçut mission de négocier la paix avec l'adversaire. De retour à Carthage, il assuma le commandement des troupes carthaginoises contre les mercenaires révoltés qui, pendant trois longues années (240-237 avant J.-C), constituèrent pour la métropole punique un danger mortel. En les écrasant, au terme d'une lutte acharnée, Amilcar sauva Carthage.
Avec l'accord du pouvoir, il se rendit en Espagne, accompagné de son fils Hannibal et son gendre Asdrubal, dans l'intention d'y réactiver les vieilles fondations. Grâce à cette politique du général barcide, la métropole put compenser la perte de la Sicile et de la Sardaigne, refaire ses forces et payer le tribut de guerre imposé par la Rome victorieuse.
Malgré des succès diplomatiques et militaires, Amilcar a du lutter contre la résistance farouche des Ibères. Au cours d'une campagne de pacification, il se noya dans le Jucar ; c'était en 228 avant J.-C.

-Hannibal :

Hannibal est Né à Carthage vers 246 avant J. –C. À neuf ans, il accompagna son père, Amilcar Barca en Espagne et aurait prêté, à cette occasion, le serment de « hair » Rome.
Au cours de la deuxième guerre punique, 218-201 avant J.-C, il emporta d'éclatantes victoires. De retour en Afrique où il établit son camp au Sahel actuel, il rencontra Scipion à Zama ; c'était en 201 avant J.-C. L'armée romaine dut sa victoire au concours de la cavalerie numide commandée par Massinissa, un prince ambitieux en quête d'un royaume.
En 196 avant J.-C, Hannibal se fit élire suffète à Carthage. Par son génie et l'ambition qu'il avait pour Carthage et le monde méditerranéen, Hannibal gênait les magistraux ; il dut prendre le chemin de l'exil en 195 avant J.-C. Il se donna la mort en absorbant le venin soigneusement conservé dans le chaton de sa bague.

-Magon :

Le traité agronomique de Magon constitue dans le domaine de l’agriculture antique le témoignage le plus éloquent. Son traité d’agronomie composé de 28 livres survécut à la destruction de Carthage : le sénat romain le fit traduire en latin. Une traduction grecque abrégée en 20 livres, avait été aussi établie par Cassius Dionysius d’Utique en 88 av.J.-C. Si ces traductions sont perdues, il nous en reste des extraits touchant à l’agriculture, à l’arboriculture, domaine où l’influence punique fut déterminante, ainsi qu’à la gestion des domaines. Ces extraits ont inspiré plusieurs auteurs latins dont Varron et Columelle, qui considérait Magon comme « le père de la science rurale ».

-Hannon et Himilcon :

Deux explorateurs qui ont dépassé les limites du monde ancien : Hannon a entouré la côte atlantique de l'Afrique et atteint le Cameroun ; Himilcon a navigué sur les côtes occidentales de l'Europe, touchant peut-être la Cornouailles et l'Irlande.

CARTHAGE ROMAINE : Colonia Julia Karthago

Carthage renaît de ses cendres
Carthage capitale de la province Africa

haut de page

1-La religion De Baal Hammon à Saturne africain

2-L’urbanisme à Carthage


* La colline de Byrsa
- La grande place publique
- La bibliothèque
- Les absides de la colline
- Les Thermes d’Antonin
- Les citernes de la Maalga
- L’Amphithéâtre
- Le cirque
- L’Odéon
- Le Théâtre
- Les villas romaines

3-Les arts

-La sculpture
-La mosaïque

4-Les personnages symboles

CARTHAGE ROMAINE : Colonia Julia Karthago
Au lendemain de la chute de Carthage av.J.-C, ce territoire punique fut annexé par Rome et devient la Provincia Africa . Aussi, après un siècle d’abandon et une tentative avortée entreprise par C.Gracchus en 122 av.J.-C pour instaurer une colonia Iunonia Carthago.
En 44 av J.-C Jules César décida de fonder sur les ruines de la Carthage punique une colonie qu’il nomma Colonia Iulia Concordia Karthago.
En 29 av J.-C, après la victoire de d’Actium, Octave renforce la colonie par l’envoi d’un nouveau contingent de 3000 colons.
En 27 av J.-C, avec la pax romana, s’engage le processus de romanisation . La vocation de la nouvelle Carthage est différente de la Carthage Punique. La Carthage romaine est celle d’être la capitale d’une province agricole chargée d’exploiter ses ressources et d’en nourrir le peuple de Rome en acheminant l’annone.
En quelques années, sur les cendres surgit à nouveau une grande ville cosmopolite où se mêlent les races et les religions. Ainsi, Baal prend le nom de Saturne, Tanit devient Junon du ciel et Eshmoun devient Esculape.

1-La religion : De Baal Hammon à Saturne africain :

Une modification et notamment un élargissement du champ religieux était couvert par le grand dieu africain Saturne qui est l’équivalent de Baal Hammon .
Dans une première phase, au cours du premier siècle de notre ère, le « seigneur Baal Hammon » est nommément invoqué en punique dans des textes insérés d’ordinaire dans un décor très sobre, souvent réduit à la reproduction du « signe de Tanit ».

2-L’urbanisme à Carthage :

C’est du centre établi au sommet de Byrsa que les rues se coupent perpendiculairement déterminant des îlots réguliers. Six grandes avenues parallèles de chaque côté de l’axe principal Est-Ouest, le decumanus maximus, étaient recoupées par 30 rues de chaque côté de l’axe Nord-Sud, le cardo maximus. Les îlots ainsi déterminés étaient quatre fois plus longs que larges (environ 37 m x148 m) et constituaient un ensemble de prés de 500 lots couvrant une superficie de 315 hectares.
A l’intérieur de ce plan régulier, prenaient place les édifices publics ou privés, y compris le port. Le littoral était au besoin rectifié par des murs de front de mer.
Les temples occupaient le sommet des collines principales. Les réservoirs d’eau étaient également établis sur les hauteurs. Les monuments de jeux, qui attiraient d’immenses foules, à la périphérie. Les demeures sont installées sur les plateaux aérés. Quant aux thermes d’Antonin, ils sont en bordure du rivage.

* La colline de Byrsa :

- La grande place publique :

Il s’agit d’une vaste plate-forme installée au centre et en haut de la ville, réservée aux cérémonies officielles à caractère dynastique. La taille de la plate- forme et son ordonnancement autour du point principal d’intersection du decumanus et du cardo, donnent au lieu une fonction exceptionnelle.

- Les absides de la colline:

Dites « absides de Beulé » du nom de leur découvreur, cette série de neuf pièces au moins, s’ouvrait sur le cardo IV, dans l’axe du décumanus. L’agencement particulier de l’abside centrale et la troisième abside sud, donne à cet ensemble une fonction qui n’est pas encore déterminée, peut être des salles d’apparat.

- La bibliothèque :

A l’ouest de la place publique, on peut reconnaître les restes du grand monument de l’esplanade : Il s’agit vraisemblablement d’une bibliothèque, qui fut édifiée au II eme siècle ap.J.-C et continuait à être utilisé au IV eme siècle et même jusqu’à l’époque byzantine.

- Les Thermes d’Antonin :

Ils sont situés en bordure du rivage, au pied de la colline de Bordj Djedid. Ils occupent la superficie de quatre insulae et sont classés au troisième rang des grands thermes de l’Empire romain. Les travaux de construction ont commencé au cours du II eme sous l’empereur Hadrien pour s’achever sous le règne d’Antonin le pieux.
Ces thermes étaient alimentées en eau par des citernes approvisionnées à leur tour par l’aqueduc qui amène l’eau des sources de Zaghouan à plus d’une cinquantaine de mètre de Carthage.

Le monument long de 300 m se compose de plusieurs salles dont les principales sont:
- Le caladarium, d’un diamètre supérieur à 20m, comportait cinq piscines rectangulaires, encastrées dans l’épaisseur des murs et peut être un bassin central circulaire.
- Le tepidarium : est pourvu de deux piscines d’eau tiède. Cette pièce comporte deux portes d’entrée et de sortie pour séparer de nouveau en deux courants différents le foule des usagers.
- Le frigidarium : est la plus grande et la plus belle salle de l’établissement. Elle est doté de quatre piscines d’eau froide.
- Plusieurs autres composantes sont encore visibles comme les vestiaires, les palestres et les latrines.

- Les citernes de la Maalaga :

Situées à la périphérie immédiate de la ville antique à l’extrémité de la centuriation urbaine, ces citernes sont considérées comme étant les plus importantes du monde romain.
Elles sont composées de 15 compartiments parallèles juxtaposés (longs de 102 m, larges de 7.40, hauts de 7 m sous voûte), perpendiculaires à une citerne de répartition. D’une capacité de plus de 60000 m3, elles étaient alimentées en eau par une branche de l’aqueduc de Zaghouan .

- L’Amphithéâtre :

L’amphithéâtre s’élève à l’ouest de la colline de Byrsa, à l’entrée de la Carthage moderne. Orienté Nord-Est Sud-Ouest, son grand axe avec celui d’un cardo (cardo XIX Ouest), le petit axe avec l’alignement sud d’un (decumanus I Sud ).
Construit dés la fondation de la cité impériale, son arène fait 64 m de long sur 36 m de large. Il a été ensuite considérablement agrandi au II et au III eme siècle pour atteindre une contenance de 41.000 places.

- Le cirque :

Situé non loin de l’amphithéâtre et, également à la périphérie de la ville, le cirque s’étire de toute sa longueur à travers la plaine jusqu’à Douar Chott.
De forme simple, il était doté d’un double rangé de gradins encadrant une très longue arène divisée longitudinalement par une spina autour de laquelle couraient les chars. De part et d’autre de cette longue dépression constituant l’arène, s’allongent deux alignements de bourrelets qui marquent l’emplacement des gradins. Seuls quelques vestiges de cet édifice sont actuellement visibles.

- L’Odéon :

l’Odéon est un lieu de spectacle couvert à l’inverse du théâtre qui est en plein air. Il s’élève au sommet de la colline à laquelle est adossé le théâtre. Il est célèbre par les jeux pythiques qui y furent organisés lors de son inauguration, Sa cavea qui portait les gradins ainsi que le mur de scène et la façade étaient entièrement construits. L’édifice était précédé d’une grande cour rectangulaire au nord. Seules les fondations et quelques éléments d’architecture et de décor ont été retrouvés dans les fouilles entreprises en 1900-1901.

- Le Théâtre :

Adossé à la pente le plus escarpée du plateau, le théâtre dispose d’une cavea semi-circulaire plein Sud devant une scène dont il ne subsiste plus que quelques éléments architecturaux.
Construit au milieu du second siècle et décrit par Apulée (écrivain du II eme siècle), ce monument a subi plusieurs remaniements dont la dernière date de la fin du IV eme siècle.
Il appartient à la catégorie intermédiaire entre les théâtres creusés et les théâtres bâtis. Ses gradins sont aménagés dans la pente d’une colline. Ils ne s’appuient pas directement contre la roche mais reposent sur tout un système de voûtes.
Il se compose de deux parties essentielles :
-L’auditorium : conçu pour plus de 5000 spectateurs et comprend la cavea dont les gradins sont divisés en sections concentriques et l’orchestra destiné à accueillir les notables de la société qui prenaient des sièges mobiles.
- La scène est, dans son état actuel, entièrement restructurée pour les besoins du célèbre « festival de Carthage ».

-Les villas romaines :

Il s’agit de maisons composées d’une cour centrale, avec généralement un jardin intérieur et un péristyle constitué de quatre portiques encadrés par autant d’ailes comprenant des pièces d’habitation.
La plus remarquable de ces villes est celle dite de la « volière » en raison d’une belle mosaïque qui en pavait la cour. Elle a subi d’importantes restaurations. A proximité, une autre villa dite « de la Rotande » offre un plan semblable et de l’autre côté de la rue, une autre maison dite du « cryptoportique ». Ces demeures permettent d’entrevoir le cadre de vie des riches Carthaginois durant l’Antiquité.

3-Les arts :

- La sculpture :
Progressivement se développe à Carthage un art « romano-africain ». Sa tonalité particulière se reconnaît aisément et certains historiens de l’art l’ont même qualifié de « baroque », dans son âge d’or, au début du III eme siècle, sous la dynastie des Sévères. La sculpture est parmi les principaux moyens d’expression artistique de cette époque élaborée dans des matériaux de plus en plus luxueux

Exemples :

-L’autel dédié à la gens Augusta qui rappelle les origines légendaires de la famille d’Auguste (Ier siècle), (conservé actuellement au musée du Bardo)

-Statue monumentale d’Appollon citharède dont le visage est encadré d’une longue chevelure ondulée et portant une couronne de laurier (conservé actuellement au musée Carthage).

-Sarcophage de l’enfant docteur : Sur ces détails du décor figurent les génies des quatre saisons, avec leurs symboles, que l’on retrouve fréquemment sur les mosaïque africaines. (1 er quart du IV eme siècle ap-J.-C)

- La mosaïque :

La mosaïque qui tapissait le sol des riches demeures a connu un immense succès dans l’Afrique romaine et fournira des chefs d’œuvres, au fil des siècles, jusqu’à l’extrême fin de l’Antiquité.
Les mosaïques de Carthage offrent une multitude de décors géométriques, et notamment le « style fleuri », qui combine avec exubérance les trames végétalisées (pampres, vignes, rameaux d’olivier, branches et fleurs variées).
Les décors figurés, abondants, montrent des scènes mythologiques, des évocations imagées des rythmes du temps, avec la personnification des saisons, des travaux des mois de l’année.
A partir du IV eme siècle, les ateliers de Carthage acquièrent une telle renommée que ce sont eux indéniablement, qui seront à l’origine des pavements découverts hors de l’Afrique comme ceux de la célèbre villa de Piazza Armerina en Sicile.

Exemples :

- Mosaïque de la volière : grands fragments d’un pavement de forme irrégulière. Il figure un décor de « jonchée » dont la caractéristique principale est d’être éminemment souple et extensible : (Fin du III eme ap.-J.-C –Maison « dite de la volière » à Carthage (Musée du Bardo).
- Neptune et d’Amphitrite : vue d’ensemble et détails d’un cortège marin évoquant les « noces » de Neptune et d’Amphitrite : (IV eme ou le début du V eme ap.J.-C – Dépôt du Musée de Carthage).
- Mosaïque du Seigneur Julius : Célèbre mosaïque figurant le domaine du Seigneur Julius. Elle constitue le document le plus complet sur la situation économique et sociale de l’Afrique sous le Bas Empire romain. (Début du Veme ap J.-C /Musée du Bardo).

4-Les personnages symboles :

Apulée l’Africain : philosophe, orateur, poète, romancier

« Le plus célèbre africain de son temps » est né vers 125 ap.J.-C à Madaure (aujourd’hui Mdaurouch en Algérie), dans une riche famille de bourgeois provinciaux.
Après avoir fréquenté les écoles primaires de sa ville natale, il fut envoyé, jeune encore, à Carthage pour poursuivre ses études de rhétorique. Puis il s’embarque pour la Grèce où il séjourna de nombreuses années. Ce séjour lui permit de rencontrer d’autres étudiants africains. Il voyagea aussi à Rome, à Alexandrie, à Oea (Tripoli en Lybie) et enfin il retournera à Carthage qui accueillit de nouveau l’enfant prodigue : c’est là qu’il passait le reste de sa vie; il devint le conférencier favori et l’orateur attiré de la ville. On le nomme grand prêtre de la Province. Carthage est sa vrai patrie, sa vrai famille. Il mourut aux alentours de 180 ap.J.-C.

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Carthage chrétienne: « Seigneur, que tes yeux soient ouverts de jour et de nuit sur cette maison. Par ce signe nous vaincrons »

1- Aperçu historique

2-Les témoignages archéologiques

-La basilique de Carhagenna
-La basilique de Dermech I
-Le monument circulaire et son église adjacente
-L’ensemble souterrain avec baptistère
-La basilique de Damous el Karita
-La basilica Maiorum
-La basilique de Sainte-Monique

3-Les arts : industrie et artisanat
- Les carreaux de terre cuite
- La mosaïque
- La sculpture

4-Des personnages symboles

-Tertullien
-Cyprien de Carthage
-Saint Augustin

Aperçu historique :

La période chrétienne est une des grandes étapes de l’histoire de Carthage. La religion chrétienne qui prit naissance au 1 er siècle dans la Méditerranée orientale atteignit rapidement la Carthage romaine.
C’est du II eme siècle que datent les témoignages les plus sures sur le christianisme ; où apparut soudainement à Carthage, avec la condamnation des « martyrs Scillitains » (douze fidèles d’une petite ville non identifiée de Proconsulaire) en 180 ap.J.-C sous le règne de l’empereur Commode.
En 202, Septime Sévère promulgua un édit qui interdit toute conversion au judaïsme ou au christianisme, déclenchant ainsi une campagne de persécution au cours de laquelle furent martyrisées Félicité et Perpétue à l’amphithéâtre de Carthage le 7 Mars 203.
Malgré les persécutions du III eme, la progression de la nouvelle foi s’accrut au sein des habitants de la métropole.
Les actes des martyrs, les lettres et les livres des premiers auteurs chrétiens africains révèlent que la foi chrétienne florissait au III eme siècle.
Mais le nombre des conversions se multiplient depuis l’édit de Milan en 313 ap.J.-C qui pacifia les rapports de l’église et du pouvoir. Par ailleurs, les lois de la fin du IV rendaient officielle la pratique du culte chrétien.

Au même moment, une opposition au christianisme officiel s’est rapidement manifestée avec l’apparition du schisme donatiste qui était né en réaction à l’indulgence de l’évêque de Carthage devant les défaillances des chrétiens au moment des persécutions de Dioclétien en 303 ap.J.-C. Ce mouvement trouvera en Saint Augustin, qui considère le donatisme comme une hérésie, un adversaire de premier plan. Il sera à l’origine de l’organisation à Carthage en 411 ap.J.-C d’une grande conférence dont le but principal était la condamnation du donatisme.
Ce concile auquel ont participé plus de 600 représentants des deux églises rivales marquera la fin de ce schisme qui disparaîtra définitivement avec l’arrivée des vandales en Afrique.
Carthage qui fut prise en 439 ap.J.-C deviendra la résidence des rois vandales.
Elle gardera sa fonction majeure dans la gestion des affaires politiques, économiques et militaires de la province lorsqu’elle deviendra byzantine en 533 ap.J.-C sous le règne de l’empereur Justinien qui dirigeait alors l’empire à partir de Constantinople. Les témoignages archéologiques de cette période de l’histoire antique de Carthage sont nombreux : édifices de cultes, textes épigraphiques, œuvres d’art où la mosaïque, sculpture, bijoux, terre cuite et argenterie….

2-Les témoignages archéologiques :
*Les édifices de culte :

- La basilique de Carthagenna :

Cette basilique, située dans le quartier des ports, a été édifiée après 533 ap.J.-C. c’est a dire après la « reconquête byzantine ». Elle avait un plan à deux absides, cinq nefs et huit travées. Longue de 36,25 m et large de 25,25 m, elle couvre plus de 900 m 2.. Le sol de ce monument était recouvert de mosaïques géométriques.

- La basilique de Dermech I :

Cette église située dans le parc des thermes d’Antonin, est dotée d’une nef centrale, quatre bas côtés et neuf travées avec une abside à l’est. Elle est de 21m de large sur 35,50 m de long avec une superficie de 750m2.
Au nord de ce monument, un ensemble baptismal et une chapelle ont été aménagés. L’abside était entourée d’un banc en pierre. L’autel se situait au milieu de la nef, entouré par des colonnettes d’un ciborium. La mosaïque du quadratum populi, offre des motifs géométriques.

- Chapelle d’Astérius :

Aménagée à proximité de l’église de Dermech, « la chapelle d’Astérius » est de petites dimensions vaste (4 x 6,50m). Elle est ainsi désignée à cause du nom inscrit sur l’une des inscriptions remployés dans le revêtement d’une marche qui permettaient l’accès vers l’abside ; devant laquelle se trouve une mosaïque représentant deux paons de part et d’autre d’un calice.

- Le monument circulaire et son église adjacente :

A proximité du théâtre, à l’Est du cardo maximus, bordé par le decumanus IV Nord et le cardo II Est, s’élevait le « monument circulaire » dont la façade en grand appareil d’opus quadratum dominait la plaine maritime de Carthage.
Long de 38, 60 m d’Est en Ouest et large de 31,20 m du Nord au Sud, le monument est composé de deux couronnes concentriques, constituées chacune de douze piliers en forme de trapèze, inscrites dans un rectangle allongé. L’espace circulaire central mesure 8.40 de diamètre, la hauteur étant de 12 m. Chaque façade est percée d’arches. Des voûtes relient la seconde couronne avec les piliers de façade.
Cet édifie fût fortifié avant l’arrivée des vandales. Abandonné vers 500, il fut restauré à l’époque byzantine.

- La basilique de Damous el Karita :

L’une des plus grandes basiliques chrétiennes d’Afrique est située en contrebas du plateau de l’Odéon. Au cours de son histoire, l’église a subi diverses transformations dont les plus importantes furent la modification d’orientation avec la construction d’une nouvelle abside au sud-est puis le rétrécissement de l’édifice. Longue de 65 m et large de 45 m, elle est dotée d’une nef centrale, huit bas côtés et onze travées.
Du côté nord, opposé à la première abside, un vaste hémicycle flanque la basilique. Du côté sud, s’élevait une autre basilique dont un baptistère de forme hexagonale est l’élément le plus marquant.
S’ajoute à ces bâtiments, un ensemble de constructions annexes avec une area chrétienne qui a livré de nombreuses mosaïques.

- L’ensemble souterrain avec baptistère :

Situé à proximité des villas, cet ensemble est constitué d’un baptistère souterrain d’époque vandale, d’une maison communautaire qui a abrité des moines.
La découverte d’une mosaïque de sol portant une inscription a permis de localiser à cet endroit le lieu d’ensevelissement des sept moines de Gafsa, martyrisés par le roi Vandale Hunéric le 2 juillet 484.

- La basilica Maiorum :

Située à quelques dizaines de mètres de la route de Sidi Bou Said à la Malga l’église qui est à peine distincte aujourd’hui, a pu être construite au début du IV eme ap.J.-C. Son nom vient du fait que cette région a dû être celle des premiers cimetières chrétiens, les Areae Maiorum, c’est à dire des ancêtres ou des premiers martyrs.
découverte au début du siècle, cette basilique, a fourni un nombre considérable d’inscriptions funéraires. L’édifice mesurait 70.50m (sans l’abside) sur 45 m, couvrant plus de 3200 m2 . Le quadratum populi comportait une nef centrale et six bas côtés.

- La basilique de Sainte –Monique ou de Saint Cyprien :

Construite sur le plateau de Sayda à la fin du IV eme ap. J. -C, la basilique cimetériale au lieu-dit Sainte –Monique pourrait être la memoria de saint Cyprien.
L’édifice orientée Sud-Est/Nord-Ouest est long de 71,34 m sur 35,55 m de large. L’abside qui est surélevée par rapport au sol du quadratum populi est flanquée de sacristies qui communiquent avec le bas-côté et en même temps avec l’extérieur par deux ouvertures. L’église comporte une nef centrale et six bas côtés. L’accès principal de l’église devait être situé du côté de l’atrium qui occupait toute la largeur du monument.

3-Les arts et l’artisanat :

A partir du IV eme ap.J.- C on assiste à la naissance d’un véritable art chrétien qui introduit un nouveau répertoire, sous les formes élaborées aux siècles précédents. Fortement marqué par la tradition, l’art ne se renouvelle d’abord que dans les thèmes iconographiques, dont certains sont d’ailleurs seulement la reprise des thèmes anciens.

- Les mosaïques :

A la fin du IV eme ap.J.-C, Il s’est constitué à Carthage, un répertoire spécifiquement chrétien, dont les divers motifs animaliers, végétaliers et géométriques se rencontrent, sur les mosaïques tombales et sur celles qui servaient à décorer les édifices religieux. Ces pavements ont été exécutés par des ateliers installés autour de Carthage.

Exemple 1:
« La dame de Carthage » :Mosaïque en marbre et en pâte de verre. Un personnage féminin en buste, auréolé d’un nimbe, vêtu d’une tunique recouverte d’un manteau de pourpre et tenant un sceptre.(musée de Carthage-Salle chrétienne).
Exemple 2 :
« Les quatre évangélistes » : Cette Mosaïque a été découverte dans la maison du Vicus Castrorum. Elle offrait une décoration de sol à thème chrétien fort singulier. Dans un médaillon circulaire, à bandeau de triangles formant rayons, une croix dont les branches sont surmontées de deux oiseaux affrontées est jouxtée dans la partie inférieure par deux agneaux. Le cercle est soutenu par quatre personnages placés aux angles qui portent des tuniques courtes et ceinturées. Dans les quatre intervalles qu’ils laissent libres, un canthare encadré de tiges de boutons de rose placées horizontalement, ou un calice, accosté par deux palmiers. (musée de Carthage - salle chrétienne)

- La sculpture :

La plupart des sarcophages chrétiens de Carthage sont taillés dans la pierre locale du kadhel, extraite des carrières non loin de Carthage.
Le répertoire iconographique de ces sarcophages consiste essentiellement en des thèmes bibliques dont Jonas, Daniel et surtout le Bon Pasteur. Ils se caractérisent aussi par la présence des strigiles avec ou sans cartouches ou médaillons placés dans la partie centrale des sarcophages avec parfois une épitaphe, une croix ou un chrisme.
Sur le plan technique, on a constaté le même type à Tarragone en Espagne, ce qui laisse penser qu’il s’agit du même atelier qui a exercé à Carthage et s’est ensuite déplacé à la péninsule Ibérique.

- Les carreaux de terre cuite :

L’un des éléments importants du décor des édifices religieux, est sans doute les carreaux de terre cuite rouge et orangée, utilisés dans le revêtement des murs et des plafonds. Les représentations sont en reliefs ; les traces de peinture rappellent la vivacité de leur polychromie. Le répertoire qu’on y découvre est varié : Thèmes bibliques (Adam, Eve, le sacrifice d’Abraham, miracles du christ) ou symboliques ( les cerfs, les paons).

4-Des personnages symboles :

- Tertullien : ( 160-225 ap.J.-C)

Originaire de Carthage et fils de centurion, Il s’est converti au christianisme vers 195 ap.J.-C.
Le premier des écrivains chrétiens de langue latine, ce païen converti, exerça en Afrique du Nord un véritable magistère doctrinal. Auteur d’un « apologétique » et « du contre Marcion », il pratiqua un ascétisme qui le fit dévier vers l’hérésie montaniste, et eut une grande influence sur la formation de la langue théologique latine.

- Cyprien de Carthage :

Ecrivain et théologien chrétien. Ancien rhéteur, issu d’une famille aisée, Thascius Caecilius Cyprianus reçoit le baptême en 245 ou en 246. Il est élu évêque de Carthage en 249 et meurt martyr dans sa ville épiscopale le 14 Septembre 258, au cours de la persécution de Valérien.
Son premier ouvrage, Ad Donatum, est écrit, peu après sa conversion, à l’intention de son ami et destinataire Donat. Cyprien réunit, dans l’Ad Quirinum, un dossier de testimonia (citations de l’Ancien Testamment). le Quod idola dii non sint est une compilation d’emprunts à Tertullien et Minucius Felix.
Conscient de la dignité et des exigences de sa charge épiscopale, dont il rappelle souvent les prérogatives, Cyprien fut un évêque d’une grande spiritualité, profondément inspiré par les écritures, et dont les qualités furent servies par un incontestable talent littéraire aujourd’hui reconnu.
Il fût à l’origine de la tenue de la plus importante conférence épiscopale en 256 ap. J.-C à laquelle étaient présents plus de 80 évêques Africains.

- Saint Augustin :

Saint Augustin est né en 354 en Proconsulaire. Il est issu d’une famille de notables d’un père païen et une mère catholique fervente.
Il commença ses études à Madaure où il vécut de 365 à 369 ap.J.-C pour les poursuivre ensuite à Carthage à partir de 370.
Il s’intéressa aux divers courants philosophiques et religieux qui se discutaient chez les intellectuels de la ville.
Dés 373, on le retrouve professeur à Thagaste, puis, en 374, à Carthage où il enseigna la rhétorique. En 384, il enseigna à Milan où il fut baptisé.
Il décrit la première partie de sa vie dans « les confessions ». En 391, il devient évêque d’Hippone. Mais, il se déplaça régulièrement à Carthage afin de reprendre le souffle et l’énergie intellectuelle auprès de son ami Aurélius l’évêque de la métropole africaine. Il lutta avec ce dernier contre le donatisme qui disparaîtra officiellement en 411 ap.J.-C, lors de la conférence contradictoire qui se tint à Carthage, conférence pour laquelle les deux hommes avaient œuvré de concert.
Il passera le reste de sa vie à écrire pour assurer la victoire de l’orthodoxie religieuse et pour imposer sa pensée suivant laquelle la grâce divine est le seul recours pour les hommes.
Le 28 août 430, dans la ville d’Hippone assiégée par les vandales, décédera, ce père de l’église africaine qui illuminera par ses écrits les siècles suivants.

Carthage islamique

Aperçu historique :

Au cours de toute la période byzantine, Carthage restera la grande ville de l’Afrique.
Elle devait cependant tomber assez facilement entre les mains des conquérants arabes. La chute se fit en deux temps.
En 695 ap.J.-C, Hassan ibn en-Noman décide de s’attaquer en premier lieu aux byzantins de Carthage dont la prise se fit au cours d’un seul assaut rondement mené. La chute de la seule grande ville de la province non encore conquise, fut ressentie à Byzance.
En 697 ap.J.-C, le nouveau basileus, Leontius, envoyait devant Carthage une flotte transportant l’armée. La ville fût reprise mais ne redevient grecque que pour quelques mois car Hassan, détruit la flotte byzantine et s’empara définitivement de la métropole qui fut pendant quelque temps la résidence des gouverneurs envoyés en Ifriquia par les Abbassides (dynastie de califes arabes 750- 1258). Plus tard elle deviendra une bourgade importante entourée de magnifiques jardins évoqués par les auteurs arabes.
Mais, les monuments antiques de Carthage furent exploités pour le développement de la ville voisine de Tunis ainsi que par des souverains d’Europe qui envoyaient leurs bateaux pour embarquer marbres et colonnes.
Au XI eme ap.J.-C, les ruines de la ville sont occupées par les Beni-Riyâh (fraction de la tribu Beni-Helal) qui se sont installées dans la partie dite « Mollaga » qu’ils entourent de murs de terre.

Les sources littéraires :

-Oubayd Allah El Bekri, ( XI eme siècle) nous décrit les citernes de la Malaga ainsi que le port et un ribat nommé Borj Abi Souleiman.
-El Idrissi ( XII eme siècle), décrit la ville ainsi « Carthage …est une ville actuellement ruinée dont il ne subsiste qu’une portion entourée de murs de terre, nommée Moallaca, et habitée par des chefs arabes connus sous le nom de Beni Ziad ». Il décrit aussi l’amphithéâtre et les citernes.
-El Kairaouani (XVII eme siècle), reprend les récit d’El Bekri et décrit le site en évoquant une colline pourvue d’un château très élevé et comportant plusieurs étages.

Les données archéologiques :

Les données archéologiques ont démontré que l’occupation du site a continué jusqu’aux X et XI eme siècles. Cependant la difficulté est de déterminer la nature et l’étendue de cette occupation.
Durant les dernières cinquante années, les fouilles françaises sur la colline de Byrsa ont permis de dégager des structures tel que des citernes, des silos, une probable fortification ainsi que des épitaphes coufiques qui sont conservés actuellement au musée de Carthage.
La collection islamique de la céramique qui a été découverte par le père Delattre (1915-20), de Jean Ferron et M.Pinard (1953-54) date dans sa majorité du haut moyen âge.

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Bibliographie :

Période punique :

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Ferron Jean, Mort –Dieu de Carthage ou les Stèles funéraires de Carthage, coll. Cahiers de Byrsa, série « Monographies », t.II, Paris, 1976.

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Tlatli Salah-eddine, La Carthage punique : étude urbaine : la ville, ses fonctions, son rayonnement, Paris, 1978.
Quillard Brigitte, Bijoux carthaginois, Paris, t I, II 1979.

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Beschaouch Azedine., « Topographie de Carthage romaine : sur la localisation du temple d’Isis », CRAI, fasc. II, 1991, p.323 -334.

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Beschaouch Azedine, La légende de Carthage, Paris, 1993.

Ladjimi Sebai Leila, « La colline de Byrsa à l’époque romaine ». Etude épigraphique et état de la question, Karthago XXVI, 2005.

Période Chrétienne, vandale et Byzantine :

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Lézine Alexandre et Duval Noel, « La chapelle funéraire souterraine dite d’Asterius à Carthage », MEFRA, 71, 1959, p.339-357.

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Duval Noël, « Etudes d’architecture Nord-Africaine », MEFRA, t.84, 1972, p.1072-1172.

Ennabli Liliane, « Inscriptions chrétiennes de Carthage », Africa IX, 1985, p.23-47.

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Ennabli Liliane, Carthage, une métropole chrétienne du IV à la fin du VII siècle, Etudes d’Antiquités Africaines, CNRS, 1997, Paris.

Lancel Serge, Saint Augustin, Paris, 1999.

Ben Abed Aicha, et Duval, N, « Carthage la capitale du royaume et les villes de Tunisie à l’époque vandale », Sedes Regiae (ann.400-800), Separata, Barcelone, 2000, p.163 -218.

Période islamique :

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Bibliographie générale :

Saumagne Charles, « Notes de topographie carthaginoise ; la colline de Saint –Louis », BCTH, 1924, p.177-193 et 629-647.

Baradez Jean, « Nouvelles recherches sur les ports antiques de Carthage », Karthago IX, 1958, p.45-78.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de fouilles et de mise en valeur de Carthage (Tunisie) 1973-1978 », Acts of the XIth International Congress of classical Archaeology at London, 3-9 Septembre 1978, p.165-169.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de fouilles à Carthage (1973-1979) », Karthago, XIX, 1977-78, p.107-119.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage (1973-1984) : résultats et enseignements », Cahiers des études anciennes XVI, (Carthage VI : Actes du congrès international sur Carthage, Trois- Rivières, Université du québec, 10-13 Octobre 1984, première partie), p.21-35.

Ennabli Abdelmajid, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage. Fouilles et recherches archéologiques, 1973-1987 ; premiers bilans », CRAI, p.407-438.

Repères chronologiques concernant Carthage :

- 814 La fondation de Carthage
- 753 La fondation de Rome
- VIe s. Création des établissements en Sicile et en Sardaigne
- 509 Premier traité entre Carthage et Rome
- 480 La défaite d’Himère face à Gélon, tyran de Syracuse
- Ve s. Expansion de Carthage dans son arrière-pays africain. Périple d’Hannon au long des côtes d’Afrique
- 409-405 Prise de Sélinonte, Agrigente et Gela par les Carthaginois
- 310 Agathocle dévaste Kerkouane
- 264-241 Première guerre punique. Prise de La Sicile par Rome
- 241-237 Guerre des mercenaires
- 237-219 La conquête du sud de l’Espagne et la fondation de Carthagène
- 218-201 Deuxième guerre punique
- 201 Traité de paix et fin de la deuxième guerre
- 149-146 troisième guerre punique : prise et destruction de la ville par Scipion Émilien. Le sol de Carthage est maudit.
- 122 Échec de la tentative de Caius Gracchus de reconstruire Carthage.
- 29 Octave Auguste fonde et reconstruit la « Colonia Concordia Iulia Kartago »
- 170 formation de l’Eglise latine d’Afrique à Carthage avec Tertullien
- 203 Premiers Martyrs chrétiens connus : Saintes Perpétue et Félicité
- 258 Martyre de Saint Cyprien évêque de Carthage
- 310 Maxence dévaste Carthage
- 312-337 Constantin rebâtit la ville
- 374-383 Saint Augustin à Carthage
- 411 Conférence de Carthage entre catholiques et donatisme. Fin officielle du schisme.
- 439 Prise de Carthage par les vandales
- 533 Les Byzantins chassent les vandales et rattachent Carthage à Constantinople alors capitale de l’empire
- 698 Prise de Carthage par Hassan Ibn Nooman (un général arabe …)

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Mise à jour le Jeudi, 16 Décembre 2010 12:16